ROMAN

Mia Couto nous parle en effet du Mozambique comme « d’un pays presque inconnu, qui produit de la fiction ». L’ignorance est d’abord celle des africains sur leur propre continent qui véhiculent eux-mêmes des stéréotypes coloniaux. Il souligne que les élites mozambicaines copient ces ignorances coloniales, et que le rapport colonisateur-colonisé continue d’exister à travers l’exploitation des matières premières.
 Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi sont des passeurs de textes qui portent haut les voix du dialogue et des fiertés assumées. Tous deux se représentent en « chasseurs de mythe » nous donnant l’impression de voir se déployer un espace qui paraît infini, d’abord dans la richesse des cultures qui l’ont fondé puis dans l’énergie que ces imaginaires, ces esthétiques, ces réalités, mettent à se déployer sur toute la planète.

Amour, patrie et soupe de crabes, le quatrième roman de Johary Ravaloson, livre un combat contre tous les « genres » qui encagent, qui empêchent les individus de se construire leur identité sexuelle ou artistique, de se bâtir leur « place » élective en société ou en littérature. Pour tisser un kabary à sa façon et « chambouler » l’ordre fouza, le narrateur, chauffeur antananarivien de taxi, peut compter sur la connivence suturale de Nivo, personnage emblématique de la Place du 13‑Mai, sarimbavy et mère, lectrice et couturière qui ne manque pas de style.
Un premier roman iconique signé Sitraka Rafanomezantsoa. L’Amphore de Salova prend appui sur la vitalité des légendes malgaches (le tafasiry est la « salle de cinéma d’antan » p.25) pour raconter les difficultés des jeunes d’aujourd’hui. Un jeune auteur repéré grâce à l’opération Bokiko portée par Michèle Rakotoson.
« Les écrivains arabes, rappelle le chercheur, défraient de plus en plus la chronique parce qu’ils prônent une écriture romanesque qui transgresse à la fois les formes d’écriture conventionnelle et les tabous religieux comme sociopolitiques. Ils veulent engager leur écriture dans la sphère individuelle pour dire les choses comme elles sont »
Ce roman pourrait s’intituler Lettres à Béa, même si l’auteur ou l’éditeur lui a préféré ce titre en forme interrogative : Pourquoi tu danses quand tu marches ? Une question d’enfant à un père qui boîte. Un très beau roman d’une grande sensibilité.
Nuit d’épine se lit autant comme une invitation à partager des références littéraires et musicales de l’auteure qu’un questionnement sur le sens de l’engagement en politique et au quotidien.
De la voix d’un enfant parcourant joyeusement son île à celle d’un autre renvoyé par les violences de l’Histoire de l’autre côté de l’archipel et pleurant la tendresse d’une mère perdue. L’engagement de l’auteur est là, dans l’amour et la dignité qu’il rend à cette population par l’acte même de la bousculer et de la mettre face à ses écueils.
Traduire les fables de Jean de La Fontaine un défi personnel que le romancier et dramaturge mahorais, Nassur Attoumani a voulu relever. Seul bémol, la graphie employée pour transcrire la langue mahoraise. Une liberté que les linguistes risquent de lui tenir rigueur.
Audur Ava Olafsdottir attache de l’importance à ce que le lecteur va mettre entre les mots, son imagination, son expérience. Elle le rend créateur. 
Rouge impératrice est une fable politique sur fond d’histoire d’amour. C’est la métaphysique qui est au cœur de ce roman. Les êtres se construisent et se reconnaissent dans le monde physique et dans le monde spirituel. Dans une sorte de transe, les personnages initiés se lient et se découvrent sous le regard vigilant des ancêtres.
Petrusmok, Mythe, le très beau roman de Malcolm de Chazal vient d’être republié dans la très belle maison d’édition L’Atelier des nomades à l’Île Maurice.
« Le roman Un Soleil en Exil restitue un fait politique avéré et s’ancre dans une « histoire » personnelle ; Héva est un personnage douloureux qui, entrant dans la mouvance des revendications et se joignant au concert des dénonciations, déferlante de plaintes et de mises en accusation, décide en 2014 d’exprimer son ressenti d’adolescente implantée par la contrainte dans le département de la Creuse : la protagoniste tente de traquer, au plus près de son expérience, les sensations, les émotions et les bouleversements qui l’animent. Elle est le pivot narratif nécessaire pour que ce ne soit pas un document d’analyse historique mais le cahier d’un retour sur soi, une écriture du cri. »
Avec son dernier roman Le balcon de Dieu, le romancier Eugène Ebodé entraîne ses lecteurs sur l’île de Mayotte. Une île autour de laquelle tourne ses personnages qui font comprendre qu’il faut un détour par les pays voisins, à commencer par l’Afrique du Sud pour mieux appréhender les enjeux qui se jouent à Mayotte.
Heureux qui comme Ulysse : ou le retour de Raharimanana, par Jean- Louis Cornille.
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Avec Un soleil en exil, le dernier roman de Jean-François Samlong invite en Creuse
« BEAUCOUP DE FEMMES SE SONT VUES, OU SE VOIENT EN PARTIE, DANS BINTA ET ELLE AURAIT TOUT AUSSI BIEN PU ÊTRE RÉELLE. », ABUBAKAR ADAM IBRAHIM.