ROMAN

Le roman « Un Soleil en Exil » de Jean-François Samlong était en lice pour le Prix du roman Métis 2020. Il nous conduit dans l’enfer de la transplantation des « Enfants de la Creuse ». Ce qui est remarquable dans ce texte âpre et qui ne fait pas de concession, c’est la construction d’un étranglement par cercles concentriques : l’exil se vit comme dans un espace étouffoir, une cavité, un antre, une grotte de gel et de neige ; la Loi prêche le faux et endoctrine, tente d’endoctriner, les « enfants » : on projette comme sur un écran intérieur les images de la bienfaisance métropolitaine.
Déjà couronné par le Prix indianocéanie 2019, le premier roman de la jeune romancière mauricienne Davina Ittoo est en lice pour le prix du Roman Metis 2020 à l’île de la Réunion. Un roman poignant qui explore les tourments d’une île mauricienne en proie avec ses propres démons.

Deuxième roman de la Martiniquaise Gaël Octavia, La bonne histoire de Madeleine Démétrius met aux prises une galerie de femmes, au premier rang desquelles la narratrice et Madeleine qui exige de son amie qu’elle raconte son histoire. Après tout son amie est romancière, elle peut bien écrire quelque chose. Mais qui est cette Madeleine au fond ?
Après le gros succès de Né d’aucune femme, de Grossir le ciel, Plateau, ou encore de Glaise, Franck Bouysse fait sa rentrée littéraire le 20 août avec un très beau roman intitulé Buveurs de vent chez Albin Michel et La Geste éditions. Nous l’avons rencontré chez lui en Corrèze, là où il travaille à une belle œuvre, exigeante, belle, forte, au milieu de ses maîtres : Faulkner, Tony Morrisson, Walt Withman, Shakespeare, Arthur Rimbaud, ou encore Fernando Pessoa.

Entretien avec Franck Bouysse qui publie chez Albin Michel, Buveurs de vent, un roman qui met en exergue une fratrie dont la famille est à plusieurs reprises menacée d’imploser. Mais c’est sans compter sur les initiatives de celui qui est présenté comme le simplet. Un très beau roman de la rentrée littéraire 2020.

On ne peut raconter l’intrigue de La Chienne sans tout déflorer. Il en est de ce roman comme des personnes pudiques ou auxquelles l’urgence de vivre ne permet pas l’introspection. Ceux-là ne se confient pas ou se protègent des secrets douloureux. Si l’on prend le temps de faire attention à ces êtres, au fil du temps, au hasard d’une conversation anodine, on arrive à recoller les morceaux et à entrevoir les deuils qui ont pesé sur leur vie.
Dire les prénoms, les mots dans toutes les langues de ceux qui marchent vers l’exil, voilà la mission que va se donner le premier personnage rencontré dans les Lumières d’Oujda de Marc-Alexandre Oho Bambe. Pour dire l’intrigue de ce roman publié ce 19 août 2020 aux Editions Calmann-Levy, il faut d’abord raconter l’histoire de trois personnages dont on scandera les noms à la manière du poète : Le narrateur. Le Père Antoine. Imane. A différents moments de leur vie, ils vont faire en sorte d’être libre, dans le sens où ils auront chacun choisi leur exil.
Sélectionné pour de nombreux prix littéraire, Impasse Verlaine de Dalie Farah est en lice du Prix Ethiophile 2020. Un roman puissant, d’une beauté qui submerge et serre la gorge. Le prix devrait être remis courant septembre.
Dalie Farah est agrégée de Lettres et enseigne en classes préparatoires à côté de Clermont-Ferrand. Avec Impasse Verlaine, elle publie son premier roman poignant, aux éditions Grasset. Couronné par plusieurs prix, elle revient ici sur son entrée en littérature, et évoque ses projets.
Entre le marteau et l’enclume (éd. St-Honoré, 2019), est une fiction romanesque qui relate le calvaire de Faïna, « une jeune fille de 17 ans qui vit à Tayome, une île perdue dans l’océan Indien » comme l’annonce la quatrième de couverture. L’auteur veut dénoncer les violences familiales, plus précisément l’abus de pouvoir de leurs parents dont sont victimes les jeunes filles Mahoraises à travers le récit des fugues répétées de Faïna.
Abdourahman Waberi prend son temps pour trouver la langue de chacun de ses romans. Elle alternait entre malice voltairienne et sublime mystique dans les États-Unis d’Afrique, elle approchait  le souffle du blues et l’élévation des grands poètes soufis tel Djalāl al-Dīn Rūmi dans la Divine Chanson. Ici c’est une histoire douce portée par une voix d’une simplicité d’autant plus désarmante, qu’on la sait minutieusement travaillée. 

Le propos du Lamento de Winnie Mandela ? Il s’agit de montrer comment on peut se reconstruire une identité quand on a été construit dans l’oppression et le système qu’un autre a plaqué sur notre existence, qu’il soit sexiste, raciste ou politique.
Mia Couto nous parle en effet du Mozambique comme « d’un pays presque inconnu, qui produit de la fiction ». L’ignorance est d’abord celle des africains sur leur propre continent qui véhiculent eux-mêmes des stéréotypes coloniaux. Il souligne que les élites mozambicaines copient ces ignorances coloniales, et que le rapport colonisateur-colonisé continue d’exister à travers l’exploitation des matières premières.
 Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi sont des passeurs de textes qui portent haut les voix du dialogue et des fiertés assumées. Tous deux se représentent en « chasseurs de mythe » nous donnant l’impression de voir se déployer un espace qui paraît infini, d’abord dans la richesse des cultures qui l’ont fondé puis dans l’énergie que ces imaginaires, ces esthétiques, ces réalités, mettent à se déployer sur toute la planète.
Une traduction de « Fofombadiko », roman du grand écrivain malgache Emilson Daniel Andriamalala, réalisée par Johary Ravaloson. Publié initialement en 1954 en malgache, il s’agit d’un éclairage sur l’insurrection de 1947 à Madagascar (à travers une histoire d’amour).

Amour, patrie et soupe de crabes, le quatrième roman de Johary Ravaloson, livre un combat contre tous les « genres » qui encagent, qui empêchent les individus de se construire leur identité sexuelle ou artistique, de se bâtir leur « place » élective en société ou en littérature. Pour tisser un kabary à sa façon et « chambouler » l’ordre fouza, le narrateur, chauffeur antananarivien de taxi, peut compter sur la connivence suturale de Nivo, personnage emblématique de la Place du 13‑Mai, sarimbavy et mère, lectrice et couturière qui ne manque pas de style.
Un premier roman iconique signé Sitraka Rafanomezantsoa. L’Amphore de Salova prend appui sur la vitalité des légendes malgaches (le tafasiry est la « salle de cinéma d’antan » p.25) pour raconter les difficultés des jeunes d’aujourd’hui. Un jeune auteur repéré grâce à l’opération Bokiko portée par Michèle Rakotoson.
« Les écrivains arabes, rappelle le chercheur, défraient de plus en plus la chronique parce qu’ils prônent une écriture romanesque qui transgresse à la fois les formes d’écriture conventionnelle et les tabous religieux comme sociopolitiques. Ils veulent engager leur écriture dans la sphère individuelle pour dire les choses comme elles sont »
Nuit d’épine se lit autant comme une invitation à partager des références littéraires et musicales de l’auteure qu’un questionnement sur le sens de l’engagement en politique et au quotidien.
De la voix d’un enfant parcourant joyeusement son île à celle d’un autre renvoyé par les violences de l’Histoire de l’autre côté de l’archipel et pleurant la tendresse d’une mère perdue. L’engagement de l’auteur est là, dans l’amour et la dignité qu’il rend à cette population par l’acte même de la bousculer et de la mettre face à ses écueils.
Traduire les fables de Jean de La Fontaine un défi personnel que le romancier et dramaturge mahorais, Nassur Attoumani a voulu relever. Seul bémol, la graphie employée pour transcrire la langue mahoraise. Une liberté que les linguistes risquent de lui tenir rigueur.
Audur Ava Olafsdottir attache de l’importance à ce que le lecteur va mettre entre les mots, son imagination, son expérience. Elle le rend créateur. 
Rouge impératrice est une fable politique sur fond d’histoire d’amour. C’est la métaphysique qui est au cœur de ce roman. Les êtres se construisent et se reconnaissent dans le monde physique et dans le monde spirituel. Dans une sorte de transe, les personnages initiés se lient et se découvrent sous le regard vigilant des ancêtres.
Petrusmok, Mythe, le très beau roman de Malcolm de Chazal vient d’être republié dans la très belle maison d’édition L’Atelier des nomades à l’Île Maurice.
« Le roman Un Soleil en Exil restitue un fait politique avéré et s’ancre dans une « histoire » personnelle ; Héva est un personnage douloureux qui, entrant dans la mouvance des revendications et se joignant au concert des dénonciations, déferlante de plaintes et de mises en accusation, décide en 2014 d’exprimer son ressenti d’adolescente implantée par la contrainte dans le département de la Creuse : la protagoniste tente de traquer, au plus près de son expérience, les sensations, les émotions et les bouleversements qui l’animent. Elle est le pivot narratif nécessaire pour que ce ne soit pas un document d’analyse historique mais le cahier d’un retour sur soi, une écriture du cri. »
Avec son dernier roman Le balcon de Dieu, le romancier Eugène Ebodé entraîne ses lecteurs sur l’île de Mayotte. Une île autour de laquelle tourne ses personnages qui font comprendre qu’il faut un détour par les pays voisins, à commencer par l’Afrique du Sud pour mieux appréhender les enjeux qui se jouent à Mayotte.
Heureux qui comme Ulysse : ou le retour de Raharimanana, par Jean- Louis Cornille.
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Avec Un soleil en exil, le dernier roman de Jean-François Samlong invite en Creuse
« BEAUCOUP DE FEMMES SE SONT VUES, OU SE VOIENT EN PARTIE, DANS BINTA ET ELLE AURAIT TOUT AUSSI BIEN PU ÊTRE RÉELLE. », ABUBAKAR ADAM IBRAHIM.