L’histoire d’Antara, témoin des massacres de 47 par la sociologue et écrivaine Anne Guillou

PAR JOHARY RAVALOSON

Voici un livre d’histoire qui se lit comme un roman. Si vous n’avez jamais rien su des mouvements indépendantistes malgaches et de la rébellion de 1947, ce livre est pour vous. Et même si vous croyez tout connaître, vous aurez des surprises, car très complet et très documenté, il ne passe rien : de l’origine, les exactions coloniales et l’humiliation des tirailleurs revenant de la deuxième guerre mondiale, à la nuit du 29 mars qui a enflammé Madagascar, puis de la répression au procès inique des parlementaires dans les années suivantes, en passant par le quiproquo de la fameuse aide américaine, la fuite éperdue des villageois dans les forêts, le mitraillage par l’armée coloniale des prisonniers dans les wagons de Moramanga et autres atrocités, au total faisant plus de 90 000 victimes, dont la plupart des civils, plus d’un million et demi de personnes déplacées sur une population de 4 millions d’habitants.

Nous suivons Antara, une jeune fille d’Ambila, le long de la ligne de chemin de fer reliant Manakara à Fianarantsoa, construite pour faire sortir les produits de rente coloniale, au prix de la sueur et du sang de Malgaches esclavagisés, et qui a fait de la région un des foyers les plus virulents de l’insurrection.

Après des narrations de l’intérieur comme Fofombadiko d’Emilson D. Andriamalala (1954, tr. fr. Ma promise, Dodo vole, 2020) et des visions très personnelles et poétiques comme Nour, 1947 de Raharimanana (Serpent à plumes, 2003), nulle candeur ne vient adoucir la violence des faits. Au contraire, la langue neutre tâchant d’être objective et nommant ses références fait froid dans le dos. Sauf, peut-être dans l’épilogue singulière qui voudrait que tout cela ne soit qu’une « regrettable parenthèse… qui se refermera bientôt ».

Anne Guillou, sociologue et écrivain, auteur de nombreux essais, de nouvelles et de romans, connaissant bien Madagascar pour avoir enseigné la sociologie à l’université d’Antananarivo de 1970 à 1976, étoffe de manière convaincante le récit sur ce sujet tragique d’une France coloniale à peine libérée de l’occupation nazie qui revient aux temps des barbares sans foi ni loi.

On peut lui être reconnaissant de ce travail mémoriel, plus que jamais nécessaire.

Anne Guillou, L’île rebelle, roman, éditions Skol Vreizh, Morlaix, 2021, 186p.

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