Un roman qui abat la clôture des genres : Amour, patrie et soupe de crabes de Johary Ravaloson

Par Linda RASOAMANANA (Centre universitaire de Mayotte)

Amour, patrie et soupe de crabes[1], le quatrième roman de Johary Ravaloson publié en juin 2019, a été salué par les critiques comme un texte s’inscrivant à la fois dans une rupture et une continuité avec sa production précédente. Lareus Gangoueus[2] juge son écriture « [m]oins poétique mais plus expressi[ve] dans le choix des images […], plus “urbaineˮ ». Quant à Dominique Ranaivoson[3], elle observe que l’écrivain croise, autour de l’Hôtel de ville de Tana, les parcours de personnages évoluant dans les hautes sphères ou les bas-fonds, et ce par l’entremise d’un chauffeur de taxi, un narrateur qui hantait déjà Les Nuits d’Antananarivo. Fruit d’une gestation de huit années, Amour, patrie et soupe de crabes reprend en l’amplifiant la question des marges, qu’elle soit territorialisée dans le Sud malgache (roman Vol à vif, 2016) ou dans la capitale merina (nouvelles Les Nuits d’Antananarivo, 2015). Le 2 août 2011, en résidence d’écriture à Ouessant (quand il débutait l’écriture de son roman), Ravaloson consignait en effet dans son journal qu’il voulait « parler d’Antananarivo, de trois quatre personnes qui vivent là-bas et de ce qu’elles font tous les jours pour vivre dignement. Renverser les images, raconter une histoire de dignité parce que c’est la dignité qui fait l’homme[4] ».

Gangoueus[5] établit par ailleurs des rapprochements entre Amour, patrie et soupe de crabes et Le Paradis des chiots, même si la cartographie[6] incertaine de Sami Tchak se différencie de l’ancrage fort de Ravaloson dans Tana et sa Place du 13‑Mai. Possibles frères en survie de l’Ernesto et de la Linda imaginés par le romancier togolais, deux personnages malgaches retiennent l’attention de Gangoueus : Héry, l’enfant des rues, et Nivo Espérance, le sarimbavy[7]. À ces échos tchakiens l’on pourrait ajouter Barbara dans La Fête des masques. Antonio-Antinoüs, qui se travestit lui-même à la demande de sa sœur Carla, y fantasme sur une femme splendide ayant gardé ses attributs masculins, Barbara, dont il suit passionnément l’interview télévisuelle. Telle Barbara, Nivo « brouill[e] les marges identitaires[8] ». C’est ce personnage à métamorphoses dont nous analyserons ici le parcours emblématique et la connivence suturale avec le narrateur, dans une perspective tant socioculturelle que métapoétique. Nous tenterons par là de montrer que Ravaloson raconte tout autant des combats pour la dignité que des luttes pour la création, afin d’abattre la clôture des genres sexués et littéraires.

« Comment peut-on être Nivo Espérance ? » (p.105) 

Femme « spéciale » (p.146), Nivo est dans une négociation entre le masculin et le féminin jusqu’à ce que l’adoption du petit Héry la consacre comme mère exemplaire et femme incontestée.

Très belle et fascinante, en dépit (ou à cause) de sa pointure un peu grande et de sa tessiture un peu rauque, Nivo a un prénom épicène qui lui va bien : « Raharinivo Ramanantenasoa pouvait aussi bien passer pour un homme que pour une femme. » (p.112). Dès son enfance, elle se bat pour avoir le droit de garder ses cheveux longs ou de porter des robes. Adulte, elle suit un traitement hormonal mais n’envisage pas de chirurgie de réassignation sexuelle. Car elle vit sa féminité de manière constructiviste, et non essentialiste. Il s’agit pour Nivo d’un rituel quotidien, d’une séquence de soins qu’elle se plaît à prodiguer à son corps : toilette, épilation, hydratation, lissage, maquillage, etc. Côté orthographe, le narrateur opte pour le féminin quand il désigne Nivo, à l’exception de quelques recours à l’orthographe inclusive. Comme par exemple au début du roman où Liva Andriamahery, chef du service de sécurité de l’Hôtel de ville, tombe à nouveau sous le charme de Nivo. En fait, Liva l’avait rencontrée en tant que travesti prénommé Fred[9], dans un bar : « En plein jour Fred apparaissait plus féminin.e encore que sous le travestissement de la nuit. Pantois, Liva ne l’aurait pas reconnu.e […]. » (p.46). Mais si Liva voit en Nivo une femme « [p]leine de mystères » (p.46), Étienne, un artiste réunionnais en visite à Tana, identifie plutôt « une bonne personne… avec une petite bite ! » (p.149) et qui n’est pas forcément « [s]on genre » (p.149).

« Comment peut-on être Nivo Espérance ? » (p.105) : on ignore qui pose cette question, placée en titre du chapitre 11. Elle rappelle en tout cas le bourdonnement imbécile des Parisiens autour de Rica dans les Lettres persanes : « Ah ! ah ! Monsieur est Persan ? c’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ?[10] ». Dans le roman de Ravaloson, le seul personnage qui dépasse dans son discours la question de la binarité de genre est Héry, dont le prénom signifie « Force ». L’enfant a justement la force physique et morale de faire imploser les typologies réductrices, grâce à son amour admiratif et désintéressé pour sa mère adoptive : « [Le] visage [de Nivo] est celui d’une femme douce. Il lui arrive même de l’appeler maman dans ses rêves. Sa voix est étrange, c’est vrai ; il ne dirait pas que c’est la voix d’un homme ou celle d’une femme. Ce n’est pas une catégorie. C’est la voix[11] de Madame Nivo avec ses ondulations à elle. » (p.289-290). Comme par hasard, Héry est le seul garçon qui se battra pour Nivo, et celle-ci le soulignera avec émotion. En effet, exceptions faites, jadis, de sa grand-mère (qui la défendait contre les reproches de sa mère) et du fils d’une institutrice (qui avait mis fin à des moqueries contre elle dans une cour de récréation), personne n’avait jusque-là soutenu le droit de Nivo à afficher et à vivre sa féminité.

Tant qu’elle devait gérer son alias Fred, Nivo se trouvait tiraillée entre la discrétion et l’exubérance. Or cette double vie tend à se simplifier peu à peu, grâce entre autres à trois facteurs : une stabilité professionnelle dans le monde culturel, le « renonc[ement] au prince charmant qui l’accepterait comme elle est » (p.115) et surtout l’irruption d’un enfant : « je me rends compte aujourd’hui que c’est [Héry] qui a achevé mon… mon… “intégrationˮ » (p.288). Le regard des autres a changé. En témoigne la nouvelle périphrase employée par ses voisins d’immeuble,« “Maman de Héryˮ » (p.107). Si Nivo aspire à rentrer dans le rang, c’est enfin parce que sa différence ne peut plus se vivre sous le mode de l’extravagance. Rares sont les success stories à la Zatia Rocher, célèbre sarimbavy de la Tana référentielle. Devenue femme d’affaires, cette mannequin et jet-setteuse vit une partie de l’année au Qatar et à Dubaï où elle dit pouvoir vivre et s’amuser plus librement qu’à Madagascar. Dans le roman, Nivo semble elle aussi avoir connu une période plus permissive, entre la fin des années 2000 et le début des années 2010 : « À un moment, elle en a fait son métier [la couture]. Au temps des sarimbavy tena izy, “des femmes plus vraies que les vraiesˮ. À ce moment de grande sortie de placard, quand elles défilaient, elles recevaient plus d’acclamations que les mannequins réellement féminins. Depuis le soufflé est retombé – les malédictions vinrent à bout de l’exubérance, ne disait-on pas des personnes comme elle qu’elles avaient perdu leur âme ; dans ce pays [Madagascar] où cet attribut constitue l’humanité, c’est vous traiter d’animal […] » (p.105). Nivo a rêvé de San Francisco mais, faute d’argent, est restée à Tana où elle « n’aspire plus qu’à l’anonymat, à défaut d’indifférence » (p.105-106). Elle a lâché Fred pour viser une féminité moins voyante mais non moins militante.

« La bonne personne à la bonne place » (p.114)

LE ROMANCIER ÉVOQUE SES PERSONNAGES. PROPOS RECUEILLIS PAR NASSUF DJAILANI

Nivo porte un prénom significatif, « celui ou celle du milieu ». Directrice de projet dans une galerie d’artistes associés, elle a en effet une position sociale médiane. Dans la Tana du roman, la base et le sommet de la pyramide sont lexicalement bien identifiés. Tout en bas les « 4-mis » (p.23), les sans-abri, et tout en haut les « fouza » (p.9) ou « crabes-écrevisses » (p.21), les nantis. Si Nivo flirte le jour avec Justin Rabédas (directeur de la communication de l’Hôtel de ville), elle drague la nuit Liva (chef du service de sécurité) et surtout, elle recueille et soigne Héry, un enfant des rues. Elle est un peu, mutatis mutandis, la Nedjma[12], le polygone étoilé au centre du roman, au même titre que la Place du 13‑Mai à laquelle elle est liée. D’ailleurs, la première apparition de Nivo a lieu sur cette place, lors de sa dispute avec Justin dont sont témoins Héry, Liva et le narrateur taximan.

Annonciatrice de son altercation avec le dircom, une dispute avec un voisin éconduit avait déjà donné l’occasion à Nivo d’affirmer sa liberté de femme indépendante. Dans la cage d’escalier de l’immeuble, n’avait-elle pas lancé qu’elle « v[oulait] vivre [s]a vie à [s]a façon » (p.106) ? Plus tard, elle sourit des méchantes rumeurs selon lesquelles Héry serait le fruit accidentel de ses amours avec un Noir (suprême déchéance aux yeux de ses voisins racistes). La majuscule du nom abstrait devenu patronyme[13], Espérance, exhausse donc cette femme au rang d’allégorie. Nivo incarne le dépassement des étiquettes qui stigmatisent autrui sur des apparences formelles de sexe ou de peau. C’est pourquoi le narrateur empathique loue le courage de « notre Espérance, [qui] avait déjà traversé les genres » (p.107).

Mais derrière le combat pour vivre libre en tant que non-binaire, semble se profiler une lutte citoyenne plus générale sur cette Place du 13‑Mai où un sarimbavy a ridiculisé en plein jour un fouza. Le narrateur décrit à plusieurs reprises l’Hôtel de ville de Tana comme un « panier de crabes » (p.314). S’y entredévorent des hommes aux acronymes ésotériques (PT, PDS, SG, DC, etc.), « on les surnomme fouza ourana[14], les écrevisses, les crabes ou les crabes-écrevisses » (p.21). La dernière appellation en fait des êtres hybrides et redouble leur couleur rouge. Couleur dévoyée qui n’est plus celle de la latérite des hauts-plateaux ou de la monarchie merina mais celle de l’élite corrompue. À ce petit cercle appartient Justin Rabédas que Nivo, déçue par son conformisme, bouscule et fait tomber dans le splendide bassin chorégraphique aux jets d’eau, interdit au public. De quoi rafraîchir les idées du dircom : la mésaventure couplée à d’autres infortunes amènera celui-ci à changer de secteur professionnel ! Contre toute attente, Justin n’était pas à sa place à l’Hôtel de ville…

« C’est le dernier arrivé qui impose l’histoire », raconte Johary Ravaloson. Propos recueillis par Nassuf Djailani

À juste titre, les commentateurs notent que la Place du 13‑Mai est « un personnage à part entière[15] ». On ajoutera que le substantif place donne lui-même lieu à une antanaclase qui innerve tout le roman. On en signalera quelques exemples. Ainsi, au contraire de Justin, Nivo a une activité professionnelle en plein accord avec ses compétences et ses appétences : « La bonne personne à la bonne place » (p.114). Il s’agit ici de la traduction non genrée de la formule de Frederick Winslow Taylor, The right man at the right place. Par ailleurs, deux acceptions possibles du substantif place sont fréquemment mises en tension : espace public circonscrit et destiné à certains usages particuliers d’une part, et position de Nivo dans la société malgache d’autre part. D’où ces explications et confidences du narrateur : « Nivo aime cette place. Parce que c’est son antienne : vivre sa vie comme elle le voulait, à la place qu’elle s’est bâtie. Nivo Espérance est ma Place du 13‑Mai […]. » (p.16). Le narrateur joue en plus sur le sens concret ou figuré du verbe pronominal se bâtir. Peut-être faut-il y reconnaître un écho à Rainer Maria Rilke, cité sur le blog de Ravaloson, le 3 octobre 2011 : « Je relis […] Lettres milanaises […] “Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ; c’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement.ˮ[16] » À la fin du roman, Nivo s’approprie les propos du narrateur et de Rilke. Face à Héry et à Liva, elle confirme que la Place du 13‑Mai est autant une réalité géographique qu’une conquête symbolique : « “On me frappait, on me battait, j’en ai reçu des coups […] parce que je voulais être moi-même […]. J’ai rêvé longtemps d’un endroit où on me laisserait tranquille. Très lentement j’ai saisi que cet endroit, il fallait que je le construise. Sous le regard des autres. […] [J]e me suis construit la vie que je voulais, je ne laisserai personne y toucher !ˮ » (p.283-284). La Place du 13‑Mai relèverait donc autant de l’héritage que du projet. Le projet collectif d’une capitale plus tolérante pour un pays plus juste, en phase avec le projet individuel de Nivo, femme indépendante et mère généreuse. Mais si Justin Rabédas finit par prendre ses distances avec la coterie des fouza aux gros 4 x 4 rouges, la plupart des crabes-écrevisses restent dans la nasse municipale. Ceux-là affectionnent « le proverbe de [leurs] amis français, chacun à sa place et les vaches seront bien gardées » (p.156). Ici, le substantif place revêt une connotation négative. La société malgache, dépourvue de l’ascenseur social de la méritocratie, paraît figée dans ses étages arbitraires.

Face à la corruption des fouza qui se laissent aller à leur nature cupide, l’espérance est dans la culture : « Nivo veut bouleverser les choses et les hommes. Sortir de l’état de nature lui est une obsession. […] L’espérance est liée à cette place. L’espérance d’une vie meilleure, d’une vie plus juste […]. » (p.15). Dans son court article, Gangoueus esquisse un intéressant parallélisme entre la « [c]onstruction de la personnalité d’un jeune intersexué […] [et la] [c]réation d’un espace à elle comme animatrice culturelle[17] ». Or la culture pour Nivo, c’est d’abord la lecture.

« Nivo est […] [l]a possibilité de tout réinventer. » (p.16)

Dès l’enfance, la lecture est refuge et voyage : « Nivo percevait sa différence sans pouvoir mettre de mots dessus. […] Le regard des autres la couvrait de honte. […] Il restait le repli sur soi et heureusement les livres ; une association de bienfaisance avait créé dans le quartier une bibliothèque, une vraie bouffée d’air pour qui ne trouvait pas sa place dans ce petit monde. Nivo plongea obscurément dans les livres à la recherche de ce qui faisait sa différence et pour le moins découvrit des chemins d’évasion, d’autres mondes. » (p.109). L’emploi du substantif place suggère ici que le monde des livres est plus accueillant que le monde référentiel. Par bonheur, ces deux univers ne sont pas étanches !

D’une part, la lecture est un moyen de mieux de se connaître, de mettre en mots sa propre expérience et de lui donner un sens : « Depuis qu’elle avait lu les chroniques de Maupin[18], elle rêvait d’aller à San Francisco. […] Elle s’accrochait aux livres et aux études. La Californie est à l’autre bout du monde. » (p.111). Sans doute Anna Madrigal né.e Andy, personnage maupinien de logeuse bienveillante, aida-t-elle Nivo à construire et à assumer sa féminité. En fait, l’American dream de la jeune Malgache se « nourri|t] de romans et de vidéo-clips » (p.94). Lecture et musique sont liées. Dès l’adolescence, Nivo s’imagine en « Cindy » (p.94) dansant près de murs aux briques rouges, probablement dans le quartier DUMBO[19] de Brooklyn. Elle se projette côte Est cette fois-ci : « Rue des Artistes. Odeur de donuts et de café. Love of my life des Queen sort d’un magasin de guitares. Elle marche vite un sourire aux lèvres. […] Elle vole vers un pont. Un métro traverse en grondant le ciel barré de fer. […] Elle n’avait toujours pas goûté à un donut, la forme croit-elle ressemble à celle de nos menakely, un beignet avec un trou au milieu, mais elle connaît le sentiment que provoque l’odeur de donuts et de café dans une rue. Elle l’a peut-être emprunté à un livre mais ne laissera personne le lui enlever. » (p.94-95). La chanson écrite et composée par Freddie Mercury (alias Farrokh Bulsara, né à Zanzibar) pour son impossible fiancée Mary Austin entre bien sûr en résonance avec les amours complexes de Nivo.

D’autre part, la lecture est associée à la création, par l’interface du stylisme. Les livres et les vêtements ne sont-ils pas les deux grandes passions de Nivo dès l’enfance ? Ils lui offrent la possibilité d’être libre, en rêvant et en créant. Il faut dire que Nivo est douée en couture. Si elle a appris les bases auprès de sa grand-mère bienveillante, elle a vite créé ses propres patrons : « À la rentrée, tous les collégiens, filles comme garçons, devaient porter un tablier bleu mais de modèles différents. Nivo s’en est cousu un entre le masculin et le féminin. Devint la chouchou des filles, car ses doigts dessinaient des patrons de mode affriolante et les leur cousaient pour trois fois rien. Entre la machine Pfaff et les livres, s’était forgée une conviction : “La nature s’est peut-être trompée mais moi je ne suis pas une erreur. Je suis comme ça c’est tout !ˮ À l’adolescence, quand vint l’émoi du désir, elle […] apprenait en regardant autour d’elle, les filles pour qui elle cousait des fringues, la survie près des canaux, elle persévérait à chercher vaillamment dans les livres. Pour aller en cours, elle s’habillait sobrement mais à la maison elle aimait toujours mettre les vêtements plus sexy laissés par sa mère, inventait d’autres modèles […]. » (p.110-111). Nivo dessine, taille, coud tout en continuant de lire. Les deux vont de pair : en lisant, en cousant, pourrait-on dire en pastichant le titre du recueil notulaire de Julien Gracq. Et ce d’autant plus que texte et textile ont même étymon[20].

Nivo a même pu vivre un temps de « son métier » (p.105) de couturière-styliste. En parallèle, elle enchaîne des études de Lettres, d’Histoire et Civilisations, et des stages en communication. Bardée de diplômes, atypique encore une fois avec son « bac + 12 » (p.113), elle trouve finalement une place d’animatrice culturelle au sein d’une structure associative différente – comme son nom l’indique, « Hafa Galerie, aménagée dans un ancien atelier de tissage » (p.113). La boucle métaphorique est bouclée : Nivo, devenue « Madame Hafa » (p.114), tisse encore et toujours du lien. Elle est de ce point de vue aux antipodes de Justin : « Nivo est ce qu’il ne peut pas être. La vie sans carcan. C’est ce qu’il s’imagine. La possibilité de tout réinventer. » (p.16).

En revanche, l’activité suturale de Nivo la rend proche du narrateur qui, lui, croise les fils de ses quatre principaux personnages. À l’instar de la styliste qui se détache des patrons de couture, le taximan doit s’émanciper des pères de la littérature pour inventer une nouvelle forme romanesque qui ne soit pas une « cage » (p.9). Dans cette aventure scripturale, il ne craint pas de nous confier ses espoirs et ses découragements parfois. Notamment au chapitre 19 où il qualifie ses personnages d’ « anti-auteurs » (p.192), c’est-à-dire de créatures indociles. Comme l’observe Sonia Le Moigne-Euzenot, « [l]e roman s’affiche comme roman, comme fiction […], [ce qui] coupe la fluidité du récit[21] ».

« Tresser les espoirs, les rires et les vies contre l’oubli contre l’ignorance la falsification. » (p.10)

Cinq occurrences du substantif kabary jalonnent le roman. Une définition en est proposée dans le glossaire final : « Discours. La forme est marquée par une longue introduction pour éviter le tsiny[22] et pour le moins s’excuser des risques de la prise de parole. Elle est tressée de rappels de la coutume et de proverbes. » (p.317). Cela correspond assez bien à la composition d’Amour, patrie et soupe de crabes : un premier chapitre métapoétique où le narrateur présente sa ville et ses personnages, un deuxième chapitre avec des excuses ironiques (« Miala tsiny @ fouza. Pardon les crabes », p.21), des rappels de règles (pour fixer la date du famadihana ou pour gagner au jeu de fanorona), des explications sur l’importance de réalités plus prosaïques (le chariot kalès, la boîte dite Kapok, l’importance du vary dans l’alimentation malgache, la vie trépidante du Zoma quand celui-ci existait encore), et surtout un récit parsemé de proverbes en langues malagasy et/ou française. Parmi les formules gnomiques annoncées ou non comme telles, on retiendra par exemple : « [L]a corde aux cornes des zébus, les mots au cœur de celui qui sait. » (p.19), « Seuls ceux qui luttent méritent le nom d’humains é ! » (p.25), « [U]n ventre vide n’a pas de tête. » (p.55), « [D]errière les nuages demeure le soleil. » (p.84), « [N]y adidy tsy an’olon-dratsy. Les devoirs n’appartiennent pas aux chiens. » (p.221), « Fandrao maty paika, craignons d’être bloqués ! » (p.253), « La dignité se gagne en se levant tôt. » (p.269), « [L]a contrition rend l’homme à la vie. » (p.314). La plupart de ces énoncés au présent de vérité générale parlent d’éthique et de dignité. Comme pour convaincre les fouza qu’il est encore temps pour eux de changer. Dans ce roman où les quatre personnages évoluent positivement, d’un point de vue tant socioculturel (Nivo, Héry) que moral (Justin, Liva), l’espoir n’est-il pas permis pour tous, même pour les crabes-écrevisses ?

Le kabary se veut ici un discours militant et fédérateur : « [L’]eau sale de la corruption qui corrompt tout, cette mauvaiseté qui s’épand sur les choses et les êtres. Dresser un discours qui lie, un kabary, comme un barrage. » (p.10). Il se sait également laborieux : « Construire mon kabary, un discours à ma façon, prend du temps, il est vrai. » (p.192). Cette construction singulière à la Ravaloson passe entre autres par le mélange des registres de langue et par la destruction du carcan formel. C’est pourquoi sont martelées les expressions synonymiques « abattre les grilles », « faire tomber les grilles », « faire tomber la clôture », « arracher la clôture ». De tels éléments de mobilier urbain « gênent [l]a vision » (p.227) du taximan stationné près de la Place du 13‑Mai, de même que des formes stéréotypées conditionneraient trop l’horizon d’attente du lecteur. Le kabary à la Ravaloson refuse le ronron confortable. Il emprunte certes à la rhétorique malgache, il n’est toutefois pas son obligé. L’incipit, de ce point de vue, donne parfaitement le ton. Les codes y sont à la fois rappelés et mis à distance : « J’en reviens pas. Ils ont fait disparaître la place. Derrière des grilles et sous du marbre. Une fontaine et des jets d’eau. J’en oublie les salutations et autres préliminaires. Miala tsiny. J’enlève le tsiny. Mes excuses à la volée : la forme peut être notre cage. » (p.9).

On connaît la formule attribuée (à tort ou à raison) à Gustave Flaubert : « Madame Bovary, c’est moi[23] ». Le narrateur ravalosonien pourrait à son tour proclamer que Madame Nivo, c’est lui ! Comme sa protagoniste, il espère et tisse. Sans le filet protecteur de la littérature, ne serait-il pas déjà tombé dans la nasse aux fouza ? Lui, Nivo et le lecteur partagent des références littéraires, inaccessibles aux crabes-écrevisses : « “Que disait-elle, déjà, Nivo ? — Sous tes putains de geysers gisent les épaves de l’Espérance !ˮ Rabédas ne savait pas qu’elle citait à sa façon Jean-Joseph Rabearivelo et qu’elle évoquait en vérité un tombeau. » (p.158). Nivo, qui entrechoque les registres de langue, réinterprète en effet les vers de l’immense poète Hova : « Ma tombe est toujours ma tombe, / mais mon cœur en est une autre – / C’est ma tombe en dehors de la terre / c’est ma seconde tombe. / […] Là sont les rêves conçus, / mais qui s’étaient dissipés brusquement / et invisiblement. Là sont les épaves / du bateau de l’Espérance[24] ».

Amour, patrie et soupe de crabes a quelque chose d’un patchwork polyvocal (trente chapitres où l’on entend les voix secondaires de Héry et de Mélaine, et la voix principale du narrateur minée par le discours indirect libre) cousu de fils interculturels. Un fil sapientel (nombreux proverbes), un fil poétique (Dox[25] p.210, Rabearivelo p.158, 313), un fil biblique (parabole du chameau et du chas de l’aiguille, p.314), un fil mythique (Kronos ou Trimo p.223), avec en arrière-plan musical du tsapiky, des chants religieux, une chanson satirique de Tselonina ou des refrains contestataires du groupe Mahaleo, mais aussi des tubes de Roch Voisine, de Queen ou de Frankie goes to Hollywood. Les rues de San Francisco et celles d’Antananarivo, les donuts et les menakely, les brownstones de Brooklyn et les briques rouges des cottages traditionnels de l’Imerina, « Tuléar qui ne dort jamais » (p.147) et New York, the city that never sleeps : tout se mêle, tout se décloisonne. Et ceci facilité par le fait que les lieux comptent plus que les époques. Comme le remarque Pierre Maury, le roman « revisit[e] quelques crises politiques dans lesquelles on ne cherchera pas à distinguer les époques : elles se superposent, se mêlent, comme si un unique maelström, renaissant de loin en loin après des périodes de calme, surgissait en cet endroit, emportant les foules de la même manière. Si quelques épisodes peuvent sans erreur être datés avec précision, ils bousculent souvent la chronologie. Si bien que, de 1972[26] à 2018, en passant par 1991, 2002 ou 2009[27], des scènes presque identiques se situent à peu près à n’importe quel moment[28]. »

De plus, ce Nivo-Monde semble hanté par deux ombres, peut-être pas tutélaires, mais en tout cas fraternelles dans l’exploration des lieux urbains. D’abord, K. Sello Duiker, dont un extrait du roman The Quiet Violence of Dreams est cité en exergue (p.7). Ce jeune écrivain sud-africain, brillant et primé, à la trajectoire de météore, mit fin à ses jours en 2005. Ensuite, Nivoelisoa Galibert Ratsiorimihamina, universitaire connue pour son énergie et son charisme, disparue elle aussi brutalement en 2011. Outre ses productions critiques, elle était l’auteure de soties intitulées L’Aube en maraude (2005). La protagoniste « solaire » (p.15) d’Amour, patrie et soupe de crabes ne saurait la décevoir : « Nivo Espérance […] porterait l’étendard et poserait la question de mon amie Nivoelisoa. En maraude dans l’aube de la ville elle se demande “pourquoi nous [les Malgaches] ne nous aimons pas un peu mieux que celaˮ. Nivo veut bouleverser les choses et les hommes. […]. “On va le faire parce qu’on veut le faireˮ dirait Nivo crânement sur ses nu-pieds. J’imagine. Je veux retrouver sa colère et abattre la besogne. » (p.15). Le cadre énonciatif s’assouplit et le taximan semble alors s’effacer derrière Ravaloson lui-même. L’auteur, plutôt que de composer un tombeau littéraire pour son amie, préfère donner forme romanesque à la colère de celle-ci, colère toujours d’actualité. Mais pour cela, il lui faut conjuguer le talent et l’endurance afin de « [t]resser les espoirs, les rires et les vies contre l’oubli contre l’ignorance la falsification » (p.10).

AMOUR, PATRIE ET SOUPE DE CRABE : ROMAN DE L’ABSURDE ? PROPOS RECUEILLIS PAR NASSUF DJAILANI

Sur son blog d’Ouessant, Ravaloson avait consigné avec enthousiasme, le 21 septembre 2011, un détail de traduction : « Lors d’un documentaire autour de l’écrivain Philip Roth sur Arte, je comprends qu’inspiration se dit en anglais “magicˮ[29] ! » Or une sorte de magie est sollicitée au début du roman. Le narrateur, en accord avec les croyances malgaches, a l’air de croire en son pouvoir incantatoire : « Il y a tellement de choses à faire. […] Faire tomber les grilles autour des jets d’eau de l’Hôtel de ville. La tentation de la réalisation me hante. Place du 13‑Mai je tente une écriture sorcière. J’appelle le tody, le retour des choses. De mon taxi, je compte dire ce que je vois, ce que les fouza font pour que cela leur revienne en pleine gueule. Foha[30] ! Foha ! » (p.191). On a déjà signalé que Justin Rabédas, à la fin du roman, changeait de vie et de métier. Serait-ce donc le tody qui explique les différentes épreuves (altercations, humiliations, emprisonnement, divorce…) que le dircom subit ? Toutefois, l’attirance de Justin pour Nivo n’était-elle pas le signe que ce nanti était différent des autres, moins cupide, plus idéaliste? La sorcellerie a ses limites… L’amie aux nu-pieds, déjà, affirmait que seule la volonté compte. Et Ravaloson en a convenu un temps puisqu’il avait noté sur son blog d’Ouessant, le 2 août 2011 : « [L]e tody n’existe pas, c’est ce qu’on fait qui revient[31]. » Il n’empêche que l’auteur maintient en équilibre volonté humaine et fatum imparable dans son roman. D’un côté, il définit dans le glossaire le tody comme la « [r]étribution de tout acte » (p.317). D’un autre côté, il file la métaphore anthropique du « boomerang en pleine gueule » (p.191). Une manière peut-être d’exprimer, comme Justin, sa préoccupation relative à la récente « dilution du sens des mots laquelle, il en était sûr, se répercutait également sur le réel décrit sinon vécu » (p.178). Une manière aussi, sans doute, de confronter le lecteur à ses propres responsabilités herméneutiques.

Conclusion

En définitive, Amour, patrie et soupe de crabes livre un combat contre tous les « genres » qui encagent, qui empêchent les individus de se construire leur identité sexuelle ou artistique, de se bâtir leur « place » élective en société ou en littérature. Si dans Les Nuits d’Antananarivo la diversité des points de vue adoptés était facilitée par la transgression nocturne des limites sociales et des genres sexuels et littéraires[32], il en va autrement dans ce roman. Certes l’on assiste à un « retour » de personnages rétifs. Mais Place du 13‑Mai, c’est en plein jour qu’éclate la (dé)construction porteuse d’ « espérance ». Le changement, qu’on l’appelle progrès ou « développement[33] » (troisième mot-clé de la devise malgache, p.57), se révèle possible. Ses voies sont multiples : lire, coudre, tisser, écrire, aimer, et dans certains cas « se laver à l’eau de source […]. De l’eau froide limpide et du gros savon » (p.314).

Sur son blog d’Ouessant, Ravaloson notait, le 22 octobre 2011 : « [J]e veux qu’on apprécie mes livres avant d’approuver les belles causes que je défends[34]. » L’éventuelle concurrence entre éthique et esthétique ne se pose pas dans son dernier roman, tant le combat social de Nivo semble une mise en abyme du combat formel du narrateur. Mutatis mutandis, Guillaume Apollinaire avait lui aussi défié les genres sexués et littéraires dans Les Mamelles de Tirésias en 1917. Tel un rhéteur vazaha de kabary, il s’était d’ailleurs excusé auprès du public, dans le « Prologue » par l’intermédiaire d’un personnage, le Directeur de la troupe. Et dans la préface, Apollinaire avait expliqué que son « drame […] surréaliste[35] » visait à rénover le théâtre, sans sombrer dans la comédie larmoyante, la pièce de mœurs ou la pièce à thèse. Il avait en outre déclaré que son théâtre était vecteur d’espoir[36]. Dans la pièce ayant pour cadre « la place du marché de Zanzibar[37] » et mêlant satire, fantaisie et lyrisme, Thérèse-Tirésias, la protagoniste, posait la question de l’amour (entre conjoints), de la fécondité et de la repopulation en France, nation à laquelle l’ancien apatride et grand blessé de guerre était fier d’appartenir. Apollinaire espérait que sa pièce « p[ût] avoir une influence sur les esprits et sur les mœurs dans le sens du devoir et de l’honneur[38] ». Mutatis mutandis encore une fois[39], Nivo-Fred, qui aime elle aussi sa patrie, pose la question de l’amour (de soi, du prochain), du fihavanana et du vivre-ensemble à Madagascar. Comme l’a bien cerné Gangoueus, « [g]arder l’espoir ou détruire toutes ses formes de représentation. C’est l’enjeu [d’] [Amour, patrie et soupe de crabes][40] ». Oui, l’espérance est permise mais la détermination est obligatoire. « Il est grand temps de rallumer les étoiles[41] », disait Apollinaire dans Les Mamelles de Tirésias. Il est grand temps de « tout chambouler[42] », dit en le faisant Ravaloson, affermissant encore plus, avec ce roman-kabary, sa « place » de créateur.

Bibliowebographie

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Yacine Kateb (Yacine Kateb), Nedjma [1956], Paris, Seuil, coll. Points, 1996.

Notes


[1] Johary Ravaloson, Amour, patrie et soupe de crabes, La Réunion, Dodo vole, coll. Dodo plumitif, 2019.

[2] Voir Lareus Gangoueus (Réassi Ouabonzi), « Johary Ravaloson : Amour, patrie et soupe de crabes », Chez Gangoueus, 21 septembre 2019, en ligne. URL : http://gangoueus.blogspot.com/2019/09/johary-ravaloson-amour-patrie-et-soupe.html

[3] Voir Dominique Ranaivoson, « Présentation du roman Amour, patrie et soupe de crabes », 19 octobre 2019, en ligne. URL : https://soundcloud.com/dodo-vole/amour-patrie-et-soupe-de-crabes

[4] Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », août-novembre 2011, en ligne. URL : http://joharyravaloson.canalblog.com/archives/2012/02/28/37299118.html

[5] Voir Lareus Gangoueus, « Johary Ravaloson : Amour, patrie et soupe de crabes », loc. cit.

[6] El Paraíso est un lieu latino du chaos-monde, entre Mexico, La Havane et Bogotá.

[7] Littéralement, « semblant-de-femme ». Ravaloson traduit : « comme une femme » (p.109). Voir Malanjaona Rakotomalala, À cœur ouvert sur la sexualité merina (Madagascar). Une anthropologie du non-dit, Paris, Karthala, coll. Hommes et sociétés, 2012, p.345.

[8] Sami Tchak (Sadamba Tcha-Koura), La Fête des masques, Paris, Gallimard, coll. Continents noirs, 2004 (1re éd.), Alger, APIC, coll. Résonances, 2007, p.57.

[9] Écho à la nouvelle Mafana dont les personnages sont Liv, Fred et Rose-Annelle : voir Johary Ravaloson, Les Nuits d’Antananarivo, Antananarivo, No Comment, 2015, p.7-19. Le prénom Fred, épicène, peut aussi renvoyer à Freddie Mercury, le chanteur du groupe Queen apprécié par Nivo.

[10] Montesquieu, « Lettre XXX », Lettres persanes [1721], Paris, Lemerre, 1873, p.68, en ligne. URL : https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_persanes/Lettre_30

[11] Voir Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », loc. cit. : « J’écoute la B.O. de Kill Bill, je pense que la voix de Niv devrait ressembler à Bang Bang. He shoote me down, Bang Bang, I hit the ground, Bang Bang… » (Note du 30 octobre 2011).

[12] Voir Kateb Yacine, Nedjma [1956], Paris, Seuil, coll. Points, 1996.

[13] Ramanantenasoa peut se traduire par « celui ou celle qui espère de bonnes choses ».

[14] À Tulear, en revanche, l’expression désigne des téléphones portables pourris : voir Andriamihaj, « Si on n’y met pas le prix, on a un foza… », 26 février 2011, RFI Atelier des médias, en ligne. URL : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/si-on-ny-met-pas-le-prix-on-a

[15] Sonia Le Moigne-Euzenot, « Amour, patrie et soupe de crabes – Johary Ravaloson », Chroniques littéraires africaines, 10 décembre 2019, en ligne. URL : http://chroniqueslitterairesafricaines.com/amour-patrie-et-soupe-de-crabes-johary-ravaloson/sonia-le-moigne-euzenot/ Voir aussi Lareus Gangoueus, « Johary Ravaloson : Amour, patrie et soupe de crabes », loc. cit.

[16] Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », loc. cit. 

[17] Lareus Gangoueus, « Johary Ravaloson : Amour, patrie et soupe de crabes », loc. cit.

[18] Voir Armistead Maupin, Les Chroniques de San Francisco [Tales of the City], 6 tomes, Paris, 10/18, coll. Littérature étrangère, 2000-2001.

[19] Down Under the Manhattan Bridge Overpass.

[20] Voir Jean-Christophe Bailly, « Reprise, répétition, réécriture », dans Jean-Paul Engélibert et Yen-Maï Tran-Gervat (dir.), La Littérature dépliée. Reprise, répétition, réécriture, Rennes, PUR, p.11-18.

[21] Sonia Le Moigne-Euzenot, « Amour, patrie et soupe de crabes – Johary Ravaloson », loc. cit.

[22] Menace encourue.

[23] Voir Yvan Leclerc, « “Madame Bovary, c’est moiˮ, formule apocryphe », Centre Flaubert du CÉRÉdI, février 2014, en ligne. URL : https://flaubert.univ-rouen.fr/ressources/mb_cestmoi.php

[24] Jean-Joseph Rabearivelo, « La nouvelle tombe », dans Siméon Rajaona, Pages choisies, 2 tomes, 1969, en ligne. URL : http://agir.avec.madagascar.over-blog.com/article-la-nouvelle-tombe-jean-joseph-rabearivelo-118538034.html Voir aussi Jean-Joseph Rabearivelo, La Coupe de cendres [1922-1932], en ligne. URL : http://eman-archives.org/francophone/collections/show/15

[25] Nom de plume de Jean Verdi Salomon Razakandraina.

[26] Année de l’incendie de l’Hôtel de ville, suite au soulèvement populaire.

[27] Début de renaissance de la « Place de l’Amour » jalousement barricadée.

[28] Pierre Maury, « Au centre, la Place du 13‑Mai », No comment, 31 mai 2019, en ligne. URL : http://www.nocomment.mg/au-centre-la-place-du-13-mai/

[29] Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », loc. cit.

[30] Qu’on peut traduire par : « Réveillez-vous ! Levez-vous ! »

[31] Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », loc. cit.

[32] Voir Jean-Louis Cornille, Lémures. Hantologie de la littérature malgache en français, Caen, Passage(s), coll. Essais, 2019, p.64.

[33] Troisième mot-clé de la devise de Madagascar : « Fitiavana, Tanindrazana, Fandrosoana ».

[34] Johary Ravaloson, « Journal de Ouessant », loc. cit.

[35] Guillaume Apollinaire, « Préface », Les Mamelles de Tirésias [1917], Paris, OBVIL, 2014, en ligne. URL : http://obvil.sorbonne-universite.site/corpus/apollinaire/apollinaire_mamelles-de-tiresias.

[36] Voir ibid.

[37] Ibid., Acte I.

[38] Ibid., « Préface ».

[39] Miala tsiny les analogies douteuses !

[40] Lareus Gangoueus, « Johary Ravaloson : Amour, patrie et soupe de crabes », loc. cit.

[41] Guillaume Apollinaire, Les Mamelles de Tirésias, « Prologue », op. cit.

[42] Johary Ravaloson, « Billet du 24 avril 2019 », en ligne. URL : http://joharyravaloson.canalblog.com/archives/2019/04/24/37283509.html

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