La danse, cet élixir qui répare l’enfance

PAR MAGALI DUSSILLOS

Abdourahman Waberi (DR.)

Papa, Pourquoi tu danses quand tu marches ?

            Si Aden, le double fictif d’Abdourahman Waberi marche en dansant, c’est sur l’air d’une douce chanson, de celles qu’on offre à voix feutrée le soir. Un personnage s’adresse à sa fille avec une voix pleine de tact et de tendresse. C’est la simplicité de cette émotion pure qui nous fourre dans ses jupes dès le début de ce roman. Et nous invite à entrer dans le cycle vertueux de la transmission : 

Tu voulais connaître tes ancêtres, tu avais raison. Tu m’as tanné des jours et des nuits pour que je te parle de mes parents.

Je vais te raconter le pays de mon enfance. Et tu les auras toutes, les histoires qui ont marqué mes jeunes années. Je te parlerai de mes vieux parents. Je te parlerai de mon passé et je répondrai à la question que tu m’as posée. Je te parlerai du désert mouvant autour de Djibouti, ma ville natale. Je te parlerai de la mer Rouge. Je te parlerai de mon quartier et de ses maisonnettes au toit en tôles d’aluminium. Peut-être le trouveras-tu pauvre et sale et peut-être n’oseras-tu pas me l’avouer. La dernière fois où j’y suis allé il était très sale en effet. Il n’y avait pas autant de satanés bouts de plastique dans les ruelles du temps de mon enfance.[1]

            Abdourahman Waberi prend son temps pour trouver la langue de chacun de ses romans. Elle alternait entre malice voltairienne et sublime mystique dans les États-Unis d’Afrique, elle approchait  le souffle du blues et l’élévation des grands poètes soufis tel Djalāl al-Dīn Rūmi dans la Divine Chanson[2]. Ici c’est une histoire douce portée par une voix d’une simplicité d’autant plus désarmante, qu’on la sait minutieusement travaillée. Tout dans la  construction des phrases et le choix du vocabulaire nous rappelle que pour écouter ce récit, un enfant se tient accroupi auprès d’un adulte. Point besoin ici d’adverbes à rallonge pour transmettre la sagesse d’une expérience et réparer les blessures de l’enfance. Et nous avons la chance d’assister à cela. On retrouve le conteur qui nous avait transporté à la lecture des plus beaux passages des États Unis d’Afrique, roman dans lequel le narrateur s’adressait aussi à une très jeune fille avec une infinie tendresse :

 Ah, ma petite Maya, Docteur Papa est très cruel mais c’est la vérité ! […] Toutes les histoires, te disait ton père, traversent et retraversent cette forêt physique et spirituelle qu’on appelle la vie. Elles font leur ronde comme l’astre solaire. Et tant mieux, aimerais-tu rétorquer à Docteur Papa ! Tant que ces histoires n’ont pas circulé sous tes yeux. Tant qu’elles ne sont pas passées au crible de ton cerveau , elles restent, n’en déplaise à ce cher Docteur Papa, toutes vierges pour toi. Il n’y a pas de nouvelles histoires mais il y a assurément de nouvelles oreilles pour des vieilles histoires comme l’épopée de Chaka Zulu ou les récits merveilleux des Mille et Une Nuits ramenés de Perse et traduits très tôt en malagasy, en tamasheq, en kimbundu, en sotho, en kinyarwanda, en arabe, en aka ou en peul, par nos érudits.

Et les histoires reprennent leur course pour toi toute seule. Elles t’emmènent loin, aussi loin dans les étoiles que le spationaute Ezra Mapanza, l’homme qui a marché le premier sur la Lune. Tu restes leur captive consentante Maya. Tu te noies littéralement dans toutes sortes de fables, d’allégories antiques ou vertes et, à chaque fois, tu en ressors apaisée comme un papillon assoupi[3].

            Ici la dimension cosmogonique et mythique est plus feutrée. On retrouvera une mythologie à hauteur d’enfant avec le petit berger qui sied aux contes de l’enfance. On y décèle bien sûr l’héritage de la littérature orale djiboutienne qui traverse l’œuvre de Waberi, celle des mythologies pastorales[4]. Le chien qui réconforte le narrateur dans son enfance rappelle aussi les animaux personnifiés des contes. Il sera longtemps le seul compagnon de souffrance de l’enfant devenu ce père-conteur qui nous confie son histoire depuis l’événement qui a causé son handicap jusqu’à l’acceptation de sa différence. Si l’imaginaire est plus discret dans cette œuvre que ce à quoi nous avait habitué l’auteur, c’est que nous sommes bien ici dans une auto-fiction. C’est peut-être ce qui aura été le plus dur pour Abdourhaman Waberi qui a pour habitude de préférer « l’imaginaire le plus échevelé[5] ». Cette fois le filtre de l’imaginaire est ténu. Le contrat de fiction s’appuie sur des changements de noms. Il s’agit de ne pas sacrifier au pathos de l’autobiographie, tout en écrivant avec la sincérité inhérente au genre. Il est question de s’interroger sur la façon dont un homme préserve sa dignité malgré les épreuves. Dès la première page, ce qui frappe c’est la fulgurance de la mémoire : Djibouti apparaît en quelques traits et sensations. Une image, une odeur, un son. Abdourahman Waberi ne cède jamais à la tentation de peindre son pays [6]. Ce n’est pas un paysage qu’on décrit. C’est un lieu vivant. On y court, on s’y déplace, on y souffre.

Tout m’est revenu.

Je suis cet enfant qui nage entre le passé et le présent. Il me suffit de fermer les yeux pour que tout me revienne. Je me souviens de l’odeur de la terre mouillée après la première pluie, de la poussière dansant dans les rais de lumière. Et je me souviens de la première fois où je suis tombé malade. Je devais avoir six ans.[7]

            L’exil « provisoirement définitif » dans lequel vit le père n’est pas évoqué, on parle à une enfant. C’est aussi par touches subtiles que l’Histoire coloniale émaille le roman. Elle est là comme la carte incongrue au fond de la salle de classe de la petite école djiboutienne, pleine de mots et d’enjeux qu’on n’arrive pas tout d’abord à bien identifier. On la lit au travers du regard d’enfant d’Aden qui découvre peu-à-peu les violences coloniales, les inégalités, les interdits et les luttes, les répercussions sur les traditions. L’apprentissage se fait à l’aide des mots lâchés par un adulte, suite à des événements ou des espoirs avortés.

Pourtant un jour, je suis tombé des nues. Jamais je n’oublierai ce jour où j’ai surpris mon père pleurant à chaudes larmes. Son chagrin n’avait rien à voir avec mes tourments à moi. Tous les adultes chialaient ce jour-là. Et nous les enfants chialions pour donner le change. Certains parents barbus et tout sanglotaient à se coincer la glotte, d’autre reniflaient bruyamment. Mon père était dans la moyenne car il aimait, lui aussi, le président égyptien Gamal Abder Nasser qui avait donné son nom à notre avenue et qui venait de mourir. La nouvelle qui a mis tous les adultes le cul par terre, c’était justement la mort du général Nasser dont j’ignorais tout. Au collège, son nom n’a jamais été évoqué dans les cours d’histoire. Pourtant dans le quartier on racontait que le Général Nasser avait donné des armes et des vivres quand notre peuple en avait le plus grand besoin, quand les légionnaires français massacraient ou déportaient ceux qui ne voulaient plus de la France. Ces derniers voulaient libérer le TFAI. Oui libérer le TFAI, c’est-à-dire chasser les Français à coups de fusils égyptiens.[8]

Cette blessure sur laquelle l’enfant a mis du temps à mettre des mots et du sens s’entrelace avec celle qui aboutira au diagnostic de la Poliomyélite :

Je l’ai toujours su et j’en ai voulu à mes parents. S’ils m’avaient administré avant ce matin là le vaccin de la DTP, je n’en serai pas là.

DTP, encore trois lettres Béa.

D comme Diphtérie, T comme Tétanos, P comme Polio.[9]

            Le personnage s’appelle « Aden, parce que [il était] le premier enfant de la famille Robleh[10] ». Au Djibouti, on nomme les enfants en fonction des conditions de leur venue au monde. Les choses et les êtres sont influencés par leur nom et c’est le pouvoir de la littérature de les renommer pour leur redonner leur dignité ou l’affirmer. Le personnage adolescent nomme sa grand-mère Cochise, du nom du chef Apache et le poète redonne vie et dignité à la belle Ladane et à toutes les femmes de Djibouti dans un des passages les plus poétiques et bouleversants du roman.

Ladane avait commis l’irréparable. Personne n’avait pu la sauver. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis que j’étais parti il y avait plus de deux ans. J’ignorais tout de son sort, Béa. Avait-elle été violée dans une ruelle obscure par des légionnaires avinés ? Ses parents l’avaient-ils jetée dans les bras d’un vieillard à la tête de plusieurs familles ? Avait-elle été trahie par un prince charmant au petit pied ? Jamais je n’ai su sous quel visage le malheur s’était présenté à la bonne Ladane. Nul ne hissera pour elle le drapeau du mariage […] Elle avait vingt et un ans. Si j’étais sculpteur, j’aurais modelé la silhouette de Ladane. Elle aurait un seau à la main droite, un enfant sur le dos, du fagot sur la tête. Elle serait enceinte de sept mois. Elle aurait une foule de gamins qui lui donneraient d’autres gamins. Elle serait centenaire.[11]

Cette mémoire est transmise à une petite fille, et c’est une formidable galerie de portraits de femmes que son père lui offre en partage. Il nous laisse entrevoir un univers mystérieux pour les non initiés ignorant les codes de communication et les ruses développées par les femmes pour se soutenir :

C’étaient les youyous des voisines qui m’avaient mis la puce à l’oreille. Le couffin ne contenait pas un précieux mets. Le doute n’était plus permis : des sanglots à peine perceptibles me parvenaient. Maman s’était fait la malle pour une destination tenue secrète et voilà qu’elle revenait précédée par les marques d’attention de toutes les femmes du quartier accourues après un signal qui avait échappé à ma vigilance. Si nous n’avions pas été en pleine après-midi, j’aurais pensé qu’elles avaient communiqué entre elles à l’aide de lampe tempêtes aux longues mèches et suivant un code sophistiqué dont le déchiffrage aurait échappé à mon entendement. Ce n’était pas parce que je venais d’accéder à la lecture grâce à Mme Annick que j’aurais pu décoder aisément le mode de communication des femmes du quartier.[12]

            La mère du narrateur est la figure féminine la plus fascinante. Ce qui frappe dès le départ c’est la distance qu’elle instaure entre elle et son fils. Il faut être en paix avec soi-même pour accueillir l’autre, rappelle souvent Abdourahman Waberi. Peut-être cette affirmation peut-elle éclairer la blessure originelle formulée dans l’autre question sur laquelle s’ouvre ce livre : « Pourquoi maman me détestait autant ? ». Était-elle de ces mères cernées par leurs propres blessures et qui du fait de cette intranquillité même forment un rempart entre elle et l’enfant pour lequel elle s’inquiètent passionnément ? L’auteur se gardera bien de faire l’exégèse de ce personnage. Pas d’affirmation sur cette douleur posée là comme un fait martelant, scandant le roman.

L’enfant trouvera refuge dans les livres. Waberi considère l’art, la poésie, la philosophie comme des espaces de paix et de questionnement pour mieux se connaître et accueillir l’autre. La scène essentielle de Pourquoi tu danses quand tu marches ? est une fascinante scène de danse que l’on ne dévoilera pas ici pour ménager le plaisir de sa découverte. Entre danse cardiaque et danse cosmique, le corps handicapé affirme sa place, sa dignité. Le corps et l’esprit s’élèvent l’un l’autre. Les massages sur le corps endoloris rappellent cela lorsqu’ils suscitent les souvenirs du rire de la grand-mère.

Les masseuses ont fait courir leurs doigts agiles sur mon dos, ma poitrine, mes jambes et même sur les os de mon crâne. Elles me rappellent grand-mère Cochise, pour peu qu’elles me sourient. Le rire de ma grand-mère me manque. C’était une cascade d’eau fraîche qui réjouissait et désaltérait en même temps. J’ai toujours désiré prolonger mon tête-à-tête avec ton arrière-grand-mère, mettre à profit ses histoires et ses maximes empreintes de sagesse. Une fois dans la pénombre du salon je n’ai pu réprimer cette pensée. Les masseuses m’ont fait penser à mon ancêtre. Elles maîtrisent sur le bout des doigts l’art de réveiller le sang qui s’endort au point de s’alourdir comme le mercure. Quand je suis sorti du salon, je me sentais heureux. Heureux et en paix. Une paix intérieure parvenant à s’éprouver de l’extérieur. Si je me suis remémoré mon passé, si je me suis remis à sillonner une dernière fois les ruelles de mon enfance, c’était pour partager avec toi mon hier et son lot d’interrogations et d’angoisses. J’espère que tu es désormais apaisée comme moi. Quand je serai vieux à mon tour, j’aimerais que tu viennes me raconter par le menu tes peurs d’enfant. J’aimerais arborer une tête de vieux sage et serein.[13]

            Les peurs d’enfance doivent être dites ou dansées pour être exorcisées. La question initiale de la fillette nous le laissait penser : c’est un roman qui dit les pouvoirs de la transmission et qui rend hommage à la vieillesse. N’a-t-on pas la mémoire incomplète quand on se contente de l’écrit ? Écouter Grand mère Cochise c’était lire à travers les mailles de l’Histoire écrite, imposée. Le personnage constate dès le lycée la convergence des sagesses philosophiques écrites et de celles de sa Grand mère. C’est ce même trésor mémorisé et hérité qui conférait dignité et importance aux conteurs nomades de la corne de l’Afrique.

Selon ma grand-mère qui avait son calendrier à elle, les travaux de rénovation du port de Djibouti remontaient à la naissance de son dernier enfant mort en couches et qui aurait pu devenir mon oncle paternel si Dieu lui avait prêté vie. Personne n’en parlait en ces temps-là, soulignait ma Grand-mère, mais le Canal de Suez ne consistait pas en un progrès comme les journaux de Paris le proclamaient. Quel était ce progrès  qui avait emporté des centaines de milliers de paysans égyptiens transformés en maçons et en terrassiers ? […] Grand-mère Cochise n’a jamais ouvert un livre de sa vie car elle ne savait ni lire ni écrire, mais elle avait la mémoire d’éléphant des conteurs des temps anciens. Tout ce qu’elle avait entendu durant sa longue vie était stocké dans son disque dur, si bien que le jour où elle partirait par le fait du Seigneur ou de Satan, ce serait un grand drame. Ce serait comme si toute la bibliothèque de mon quartier d’enfance partait en fumée. Quand Cochise avait entendu une anecdote, tu pouvais être certaine, Béa qu’elle l’avait stockée soigneusement dans son cerveau.[14]

Ainsi donc la musique rend la dignité aux corps, la littérature orale ou écrite réécrit les humains, l’art permet de côtoyer l’infini. Et la forme littéraire qui permet le plus l’élévation c’est la poésie. Elle intervient quand la réalité se pare de contradictions, lorsqu’il y a des choses intenses qui ne peuvent être formulées de manière prosaïque. C’est ainsi qu’elle surgit très tôt dans le roman pour tenter de dire la douleur de l’enfant rejeté par sa mère. Poétiques aussi sont les mots pour dire le fertile creuset de contradictions que devient le personnage lorsqu’il entreprend ses études en France. Elle sera là pour conclure le roman et invoquer les figures aimées restées là-bas à Djibouti. La poésie est Lumière sur lumière rappelant qu’on n’a pas besoin d’être dans un lieu pour y être présent. Il suffit de l’invoquer et de le chanter, de le danser :

J’aimerais afficher le front dévasté de rides de ma grand-mère,

le corps sec de mon père

la peau fripée de maman courte sur pattes,

qui recèle la sensualité que transmettent les pavés des vieilles villes,

glissants à force d’être polis par les pas pressés des pèlerins,

des pas agiles,

des pas vivants,

des pas dansants, Béa, bien entendu.


[1]Abdourahman, Waberi, Pourquoi tu danses quand tu marches, P°32, J.C. Lattès, 2019.

[2]Voir à ce propos Entretien avec Abdourahman Waberi, auteur de « La Divine chanson », L’écrivain franco-djiboutien à la recherche du chant perdu, Le Grand angle du 64′, TV5 Monde, 18 décembre 2014.

[3]Abdourahman, Waberi, Aux Etats-Unis d’Afrique, P°23-24, Zulma, 2017.

[4]Voir à ce propos, INTERCULTUREL FRANCOPHONIES, n° 29, juin-juillet 2016: Poétique d’Abdouraham A. Waberi. Héritages et singularités, Alliance Française de Lecce, 2016. EAN13 : 9788895343242.

[5]Au sujet de la narration à travers la voix du chat dans la Divine Chanson, Rencontre avec Abdourahman Waberi, à la Librairie Charybde, 6 mars 2015.

[6]Voir à ce propos,   Xavier GARNIER, « Djibouti : un espace étroit pour une littérature mondiale », dans Mar Garcia et Jean-Christophe Delmeule (eds.),  Abdourahman A. Waberi ou l’écriture révolté, Lille, UL3, coll. « Travaux et recherches », 2014, p. 17-26. « Waberi tente de contrecarrer le piège de la description, et de sa potentielle fonction exotisante, comme mise en espace de la réalité djiboutienne. L’écriture cherche une issue entre le récit de voyage et le roman pittoresque. » et « Waberi refuse d’apporter la touche djiboutienne au grand tableau bariolé de la mondialisation culturelle. On ne trouvera pas d’image de Djibouti, sinon pour dire que la mise en image du  pays est le résultat de son aliénation. Il écrira par contre à quel point les mots du monde existent en ce pays, et y font exister des lieux d’où l’on capte le bruit de fond de la mondialisation, points d’intensité pour une poétique mondiale. »

[7]Abdourahman, Waberi, Pourquoi tu danses quand tu marches, P°11, J.C. Lattès, 2019.

[8]Ibid, P°162.

[9]Ibid, P°170.

[10]Ibid, P°45.

[11]Ibid, P°226-228.

[12]Ibid, P°84.

[13]Ibid, , P°249.

[14]Ibid, P°218-220.

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