« Pour moi, raconter c’est enquêter, c’est déplier le réel pour en observer toutes les aspérités. »

PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI DUSSILLOS ET NASSUF DJAILANI

Dalie Farah est lauréate du Prix de l’Association des écrivains de langue française 2019 pour son premier roman Impasse Verlaine (éditions Grasset). Elle a également reçu le prix SGDL Dubreuil du Premier roman. Dernier en date, son roman est en lice pour le prix Ethiophile, 2020. Le prix franco-ivoirien dont le jury international est composé d’universitaires, de critiques et d’écrivains, couronne des œuvres littéraires d’Afrique, de la Caraïbe et de l’Océan Indien. Elle revient dans cet entretien sur son entrée en littérature, elle évoque également son roman, ses projets. Rencontre.

Dalie Farah. © Mikaël Mussard

PROJECT-ILES : Quelle est la part de réel dans le roman ? L’histoire de votre propre mère ? Comment faire roman avec tout ce matériau de l’intime ?

DALIE FARAH : Pour moi, c’est le réel qui fait le roman. Même si dans mon texte certains personnages secondaires peuvent s’apparenter à ceux du conte, c’est bien le réel qui est le matériau majeur de mon écriture. Le terme « matériau » que vous utilisez me plait bien. Je me rends compte qu’écrire est un artisanat, un artisanat miraculeux et têtu, un artisanat qui porte sa propre nécessité. Dès lors, de quelle(s) réalité(s) s’agit-il ? De la mienne principalement, mais aussi celles de femmes croisées sur mon chemin de vie. Il s’agit moins d’intimité dans ce roman que de factualité biographique, j’ai procédé différemment selon les faits portés à ma connaissance. Ma propre mère se racontait peu et changeait souvent de versions. Il a fallu que l’écriture reconstitue la partie qui la concerne. L’important était de ne pas écrire de manière désincarnée ou pire injuste, trahir la vérité des faits par le récit. L’exemple le plus représentatif de mon désir de justesse se trouve dans l’incipit qui raconte la naissance de la narratrice. La situation de départ est factuelle : un jour, j’apprends à l’heure du thé pourquoi je suis née si prématurée, j’apprends aussi que j’ai failli en mourir. J’ai essayé d’imaginer ma venue au monde à partir de détails véritables car je ne peux objectivement me souvenir. Il s’agit de ma date de naissance, de mon poids de naissance, la véritable péripétie avec le vélo et bien sûr, les bonbons que la jeune mère cesse de manger comme pour se punir de n’avoir pas compris de quoi son ventre était gros. C’est bien comme ça que l’histoire et ce lien commencent : une vie invisible comme une mort annoncée. Impasse Verlaine veut raconter ce lien, celui qui relie une fille à sa mère, une mère à sa fille. Pour moi, raconter c’est enquêter, c’est déplier le réel pour en observer toutes les aspérités. Le souvenir apparaît souvent lisse, menteur, caressant, oublieux, lacrymal, injuste parfois ; l’écriture peut briser ou compenser cela, la littérature a la puissance de la complexité, de la vérité, de la douleur juste et de l’ironie tendre, c’est pour cela qu’écrire est bon, qu’écrire me rend joyeuse, heureuse, entière.

PROJECT-ILES : Avez-vous été dans cette partie de l’Algérie, dans ces cours où grandit Vendredi pour raconter de manière aussi vraisemblable les cages à poules et surtout ce sentiment de dégoût de vos personnages ?

DALIE FARAH : J’adore cette question, j’ai le sentiment d’avoir été une magicienne du réel et c’est très flatteur pour moi. Je vais vous dire le secret de cet épisode de la poule. J’ai des souvenirs très précis de ma grand-mère maternelle, de certains endroits où je suis allée petite, des cours, des odeurs, des couleurs algériennes ; il faut se projeter dans la vie d’une petite fille recluse, une fille qui n’habite pas le monde mais des espaces clos par l’interdit, des espaces clos que l’on déplace au gré des mouvements familiaux ; il y a toujours des murs et une porte verrouillée. C’est ainsi que beaucoup de petites filles grandissent : dans l’idée de les protéger, on les enferme. De cette situation, j’ai la chance d’avoir développé des capacités d’observation et d’imagination sensorielles assez pratiques quand on veut écrire. J’accède au monde par tout mon corps parce qu’on m’a beaucoup privé de lui. Aux filles silencées, il reste les yeux, le toucher, la vue et l’odorat… et le désir de beauté.

Pour ce qui est des poules, en fait, c’est une expérience de ma propre enfance…en France, dans la campagne auvergnate. Cet épisode est un de mes premiers souvenirs : j’ai été attaquée par une de ces « bestioles » à deux ou trois ans. L’expérience est corporelle, sensible, violente et la synesthésie du souvenir traumatique permet cette description ultraréaliste. J’avais besoin d’un fait qui me permette d’expliquer le passage de Vendredi depuis le gynécée vers le père et j’ai donc fourni un épisode de ma propre vie à celle de la mère.

Dans Impasse Verlaine, les chapitres sont plus des scènes que des récits chronologiques, l’enfance ne fait pas son hagiographie, l’enfance galope, l’enfance saisit la vie au vol de façon totale ; j’ai essayé d’écrire depuis l’enfance, dans l’expérience enfantine et ce en Algérie comme en France.

PROJECT-ILES : L’écriture ici est-elle une forme de thérapie pour vous ? Dans quelle mesure ?

DALIE FARAH : Longtemps j’ai répondu un non ferme à cette question. Je peux être plus nuancée désormais. Non, un livre qu’on écrit ne soigne pas mais un livre qu’on lit peut apaiser, donner de la force pour persévérer. Non, raconter ses malheurs ne les font pas taire, mais oui, les explorer par la littérature les transforme. Le temps des larmes est chez moi un temps infécond, c’est celui du pathos, il existe ; comment y échapper ? Mais il ne se confond pas avec celui du roman : je réécris beaucoup et ne suis satisfaite que lorsque j’ai un sentiment d’exactitude vis-à-vis des faits, quand l’émotion a cessé sa dictature pour laisser place à l’empire de la joie.

Et puis, vous savez, je crois qu’il n’est pas si juste de croire qu’on se soigne de sa vie. Je ne suis pas malade de ce que j’ai vécu : cela m’a fabriquée.

Impasse Verlaine est davantage un texte vital qu’un texte thérapeutique, mais il faut convenir que déplier le réel, mettre les mots sur le récit d’enfance, travailler la matière du souvenir pour en faire émerger une forme de tableau tissé est une réelle émancipation, une forme de dépassement qui peut s’apparenter à une bonne santé !

PROJECT-ILES : A un moment clé du roman, il est question de la construction de l’identité et des mythologies berbères qui devraient sortir de leur silence. Comment expliquer l’oubli de ces mythologies par la génération de la mère de la narratrice ? La génération suivante peut-elle se réapproprier cette fierté ? La littérature a-t-elle un rôle à jouer dans cela ?

DALIE FARAH : C’est une question importante, surtout à notre époque où il semblerait que l’identité soit le Graal d’une reconnaissance et d’une existence validées par le commun. J’ai vraiment regretté ne pas connaître mes véritables origines, mon histoire ethnique ; non pas pour en exiger des démonstrations quelconques mais juste pour savoir. J’aurais aimé connaître plus tôt cette histoire pour mettre les bons mots sur le réel. Juste pour ancrer mon corps dans un corps plus large, pour nommer mon patchwork identitaire et passer à autre chose. Je reste persuadée que l’apaisement est dans l’exactitude, dans la tendresse de la complexité insoluble.

Pourtant, l’ignorance de soi n’est pas signifiante pour les générations de femmes dont je parle dans Impasse Verlaine, il faut avoir du temps pour gloser sur son arbre généalogique ; il faut être un peu oisif pour combler de mots un temps qui n’est pas plein de travail ; il faut sinon avoir une culture de ce questionnement, une forme de liberté à se penser comme allogène : la survie, l’urgence de la vie de ces femmes ne le permettent pas. Je ne sais rien de la fierté, rien de la fierté à être, mes victoires sont infimes à hauteur de ma vie. Votre article utilise l’expression « enfant de la violence » ; cela m’a troublée parce que c’est juste. Être une enfant de la violence a, je crois, été une des raisons majeures pour laquelle je ne possède pas ce tropisme de fierté.

Toutefois, je crois que la littérature peut quelque chose, j’ai essayé de le faire dans mon prochain livre, j’ai essayé de mener cette enquête sur la fabrique de soi, la question de la fierté et de la dignité. La littérature peut beaucoup quand elle tente de dire le réel dans sa complexité et ses paradoxes. Rien ne se dit en un mot ; le temps de la pensée est un temps long qui doit se déployer, la littérature est un art qui exige la patience, qui exige que le temps se fige, se dilate ; la littérature tue le zapping qui préfère les formules à la pensée ; alors oui, le rôle de la littérature et de l’art en général est de penser le réel pour aller vers une fierté à être qui s’adosse à l’amour de la vie. C’est ma quête.

PROJECT-ILES : Les hommes passent dans ce texte comme des ombres, les frères, le père … Même le personnage du grand-père de la narratrice, le père de Vendredi, disparaît, comme dans le brouillard du souvenir. Ce qui se joue dans ce roman n’est-il qu’affaire de femmes ?

DALIE FARAH : Je crois tout simplement que c’est factuel là encore. La relation mère/fille est un duel, les autres personnages sont des figurants. Il y a aussi une sœur qui n’est mentionnée qu’une fois alors qu’elle est très importante pour la narratrice ; la sœur n’est là que le temps d’un chapitre, le temps d’éclairer le duel qui est posé dès l’incipit. Les hommes dans les milieux et les époques que je décris n’ont pas de place dans ce lien, je les ai intégrés que lorsqu’ils éclairaient le cheminement et la relation des deux personnages féminins. Au fur et à mesure des versions tous les épisodes qui n’entraient pas dans la relation mère/fille ont disparu. Sans doute aussi ne suis-je pas encore prête à écrire ces hommes, je les évoque dans mon prochain roman et un jour peut-être je saurais les écrire. Finalement, le questionnement sur l’héritage est un questionnement genré, d’autant plus dans les milieux que j’explore. Le face à face mère/fille est un miroir parfois heureux, d’autres fois malheureux sur la transmission des tares, des forces, des beautés qu’on reçoit comme maléfice ou bénédiction.

« L’impasse » du titre renvoie ainsi à la fois au lieu (factualité naturaliste) mais aussi à une sorte de métaphore de cet héritage. Les filles et les fils sont reliés à leurs parents par des ronds-points, des autoroutes, des routes de montagnes sinueuses, des chemins caillouteux etc. et n’en finissent pas de ne pas comprendre ce qui les tient dans ce relationnel souvent douloureux, oppressif. Alors l’impasse est la métaphore qui renverrait à une relation filiale/parentale saine : il est parfois temps de faire son curriculum vitae de façon autonome. Le lien d’amour ne devrait jamais être un chantage rétributif mais un désir convergent d’autonomie, de liberté et de joie. Peut-être faut-il trouver son impasse et l’accepter avec amour pour advenir et laisser advenir ?

PROJECT-ILES : La narratrice nomme sa mère Vendredi. Ce choix de franciser le prénom est très fort et frappant. Est-ce une façon de montrer que le personnage de la mère nous échappe, échappe à chacun dans sa véritable identité ? Est-elle passée à côté d’elle-même ? Ou a-t-elle gagné son combat contre les étiquettes qu’on lui apposait ?

DALIE FARAH : Il y a là les questions et une partie des réponses. Oui, ma mère s’appelle Djemaa qui signifie Vendredi. Lorsqu’elle est nommée enfant par sa mère elle n’est pas nommée par des phonèmes mais par une résonance avec le réel, le cycle de la nature auquel il faut ajouter la force symbolique du « vendredi » dans le culte musulman : elle est née un Vendredi, le jour saint. Elle s’appelle donc bien Vendredi. Ce n’est pas rien, l’onomastique sert parfaitement le personnage. Cette factualité est une forme de littéralité naturaliste : Vendredi est née un vendredi, elle est Vendredi.

Mais je ne vais pas me peindre plus innocente que je ne suis. Il y avait une seconde intention : celle de créer un personnage, un personnage littéraire qui s’appellerait Vendredi – comme celui de Tournier. La vie sauvage du Vendredi de l’île est une vie sauvage vue par Robinson, la vie sauvage de ma Vendredi n’a pas de point de vue dominant. Ce qu’est Vendredi, la mère de la narratrice, qui le sait ? Sa vie est sauvage, sa vie est une course subie, sa vie est une addition incongrue de nouveautés qui lui apportent peu de joie mais sa vie est intense, sa vie est passionnante, sa vie est folle, sa vie est vivante parce que ma Vendredi n’est pas Robinson qui se recroqueville dans la Souille perdant toute dignité et toute identité. La sauvagerie de ma Vendredi est sa vitalité. Le personnage gagne sa survie et ne peut, malheureusement, espérer davantage.

Enfin, en sus d’une arrogance littéraire (assumée) à avoir traduit (et non francisé) le prénom Djemaa, il y a une insolence sociale. C’est l’inverse d’une assimilation ou d’une soumission. Presque personne n’a appelé ma mère par son véritable prénom : elle s’appellera la Fatima une bonne partie de sa vie et Sonia une autre partie comme tellement de femmes de cette époque et de ce milieu. « Ma mère s’appelle Vendredi » est une phrase anodine qui tente de donner du relief à une vie minuscule pour faire de cette femme de ménage un personnage de roman et donner de l’épaisseur à son infimité sans sombrer dans une fausse héroïsation.

PROJECT-ILES : Vous parvenez à montrer la naissance de la tendresse en plein cœur de ce drame de la violence qu’une mère fait subir à son enfant. Est-ce ici une tentative désespérée de la part de la narratrice de donner une justification à la violence subie ?

DALIE FARAH : Non, ce n’est pas exactement cela. La narratrice ne justifie pas la violence parce que je crois qu’elle ne la voit pas ne la pense pas. Certes, un coup ça fait mal, mais comment peut-elle savoir qu’il s’agit d’un acte illégitime ? Elle ne connaît que ça. La fille veut être aimée, elle cherche l’amour, et d’ailleurs elle aime, elle aime beaucoup et beaucoup de choses ; c’est sa chance. La mère, malgré tout, lui donne ce goût d’aimer dans le lien qu’elle fabrique avec sa fille.

La famille est un des milieux les plus violents qui soient : pas de haine sans proximité, les affaires en cours d’assises le prouvent : on tue surtout en famille. Ce milieu offre alors des relations où tous les affects sont présents même ceux qui s’excluent comme l’amour et la haine. Les plus fragiles subissent. La femme, l’enfant et parfois l’homme. La narratrice ne comprend pas, la narratrice subit sa vie aussi – comme sa mère – ; elle oscille entre détestation et tendresse parce qu’elle ne sait pas comment être -enfin- la fille de sa mère. Elle hérite des coups et de l’appétit de survie, elle accepte les deux. Quel choix a-t-elle ? La puissance d’amour dont vous parlez au début de votre article est moins celui du lien que celui de la vie elle-même, transmis de la mère à la fille.

La tendresse que vous avez lue, c’est la mienne, celle d’une femme aimée qui a eu le temps d’être mère, qui a eu le temps de comprendre la démesure de l’enfantement. Cette tendresse est d’ailleurs moins tendue vers le personnage de la mère que vers le lecteur. Je ne cache pas la violence, mais je ne la fais pas subir à ceux qui ont la gentillesse de me lire, je les protège de tout jugement, d’une morale non conforme au réel. Alors, l’ironie, l’humour, la tendresse sont là pour « tenir la main » comme vous l’écrivez dans votre article, avec douceur et attention. J’essaie d’écrire une littérature qui ne juge pas, mais qui déplie, une littérature qui ne condamne pas, mais qui donne de la force par la vérité. Vendredi devient la mère qu’elle peut.

PROJECT-ILES : Ce roman recèle une violence qui échappe peut-être parfois aux mots. Celle des hommes, subie par les femmes (le frère, le voisin), est suggérée, implicite, imagée. Pouvez-vous nous en dire plus sur le travail d’écriture de la violence ? Ce que l’on suggère, ce que l’on donne à voir. Les limites ou possibilités des mots ?

DALIE FARAH : Cela rejoint votre question précédente. Ecrire la violence ne veut pas dire l’édulcorer, ni l’euphémiser mais la distancer. D’ailleurs, les lecteurs perçoivent l’ampleur de la violence de mon roman mais ils n’y sont pas enfermés. La violence tient de la vie, de la sauvagerie de la vie et je l’écris comme telle. C’est une chose qui m’étonne toujours : on regarde la violence comme une anomalie alors qu’elle est partout. On traite la violence avec les mauvais mots en l’assimilant à une monstruosité anecdotique. Soit nous sommes tous des monstres, soit il n’y a pas de monstres. Un être est agi davantage qu’il n’agit, les forces qui le traversent sont un faisceau qui peuvent converger vers la violence. Ce qui ne veut pas dire que les êtres violents ou ayant systématisé la violence ne commettent pas de monstruosités… mais ce ne sont que des êtres de chair et de sang…inscrits dans une histoire et dans l’Histoire. Je ne voulais pas édulcorer cette violence qui tue des enfants mais je ne voulais pas non plus inventer une mythologie de la violence. Alors, il n’y a pas d’autres solutions que l’exactitude et la complexité assorties d’humour, d’ironie, de distance.

Une des scènes violentes d’Impasse Verlaine raconte comment le père frappe la fille : dans un premier temps, la description est clinique, factuelle ; il n’y a aucun mot pour juger la scène ou les personnages, pas d’adjectifs évaluatifs ni pour celui qui frappe, ni pour celle qui est frappée, la scène est juste racontée. Ensuite quand la petite fille défigurée par les coups va à l’école, elle est comparée à un « sapin de Noël » ou à un « Picasso » ; l’humour, l’ironie ici sont une politesse faite au lecteur et à la vie ; la survie ne permet pas la complaisance et in fine, la violence apparaît avec vérité dans cette distance : elle est banale. Lorsque la maîtresse remarque les bleus, et que l’enfant se confie, il ne se passera…rien. Pas plus que si c’était un « Picasso » ou un « sapin de Noël » ; la violence institutionnelle est douce, silencieuse, installée et elle semble avoir toujours raison.

En somme, je crois que la littérature peut tout raconter et qu’elle peut raconter juste quand elle ne juge pas et tente de tout dire. Ses limites à mon sens sont ailleurs : la linéarité du roman ne permet pas par exemple de rendre tout-à-fait l’expérience de la conscience de soi. Parfois la poésie le peut. En somme, pour moi, les mots doivent être économes et précis, délicats et sans pitié ; je les aime, parce qu’ils sont justes quand le reste du monde ne l’est pas.

PROJECT-ILES : Votre galerie de femmes esquisse des portraits inachevés, nous donnant le désir d’entendre encore d’autres voix comme celle de Nâna Hamama, la Mémé Pigeonne algérienne. Rencontrerons-nous d’autres visages de femmes berbères dans vos prochains projets littéraires ?

DALIE FARAH : Merci ; oui, j’aime ce personnage et plus simplement, je pense que j’aime raconter les gens. Comprendre de quoi leur vie est faite. Je ne sais pas si je pourrais travailler les portraits comme je l’ai fait dans Impasse Verlaine qui s’inscrit dans une exploration du souvenir. Je remarque que mon style est une forme souple qui épouse son propos. Je n’y suis pour rien, les choses adviennent, les mots arrivent et disent ce qu’ils ont à dire ; avant l’artisanat, l’écriture est chez moi une sorte de grâce, quelque chose qui m’est offert, je suis chanceuse. Mon prochain texte à paraître chez Grasset en 2021 est le prolongement d’Impasse Verlaine, sans en être la suite et il se passe en France.

Par contre, j’ai plusieurs projets de pièce de théâtre notamment un texte sur Jeanne d’Arc et la Kahina (reine berbère guerrière) qui s’appelle : Dialogue avec la nuit. C’est ma seconde tocade avec le roman et j’ai très envie de peindre des femmes berbères, de leur donner voix dans mes pièces, si tant est qu’elles soient jouées ! Il faut que je sois patiente, mais je rêve de trouver un théâtre et un homme ou une femme qui veuillent bien mettre en scène mon travail. Le théâtre permet plus de liberté avec le roman, on peut accepter la mauvaise foi ou le regard partial d’un personnage. Je crois aussi qu’il est plus politique. J’adore écrire des pièces parce que c’est une énergie différente, une temporalité différente du roman.

Comme beaucoup d’écrivains, j’ai la passion du vivant, la passion des gens, des corps, j’aime observer les visages, les peaux, les démarches ; j’aime écouter les gens se raconter. La beauté de la vie est là, tant les laideurs sont nombreuses ; la beauté ce sont les vies, les vies minuscules, les vies à portée de doigts qui me donnent toujours envie d’écrire. Je revis à chaque fois que j’écris l’expérience d’une joie enfantine : échapper au réel, le fabriquer pour mieux le raconter et y retourner pour avoir moins mal.

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