« C’est la fonction de l’écrivain, de faire comprendre l’histoire coloniale en la donnant à ressentir » : Mia Couto

PAR MAGALI DUSSILLOS

Un samedi de mars à Nantes, plane comme une douceur particulière, peut-être suscitée par la joie qu’on a de participer au festival Atlantide des littératures et des mots du monde et tout particulièrement d’assister à la conversation réunissant Mia Couto, Alain Mabanckou et Catherine Blondeau. Sur le site de l’organisation on présente Nantes comme « la capitale française de l’optimisme culturel et du pouvoir de l’imaginaire ». Au bruissement des conversations qui s’élèvent entre inconnus souriants les bras chargés de livres, on prend plaisir à y croire. On a déjà parcouru la ville dans tous les sens, de la Maison de l’Afrique au Château des Ducs, de médiathèques en librairies, et on arrive au Lieu Unique. Le centre culturel et scène nationale bruisse de rencontres d’auteurs et de conversations littéraires, de tintements de verres sur le bar et de froissement de pages dans la librairie éphémère. Là se tient la rencontre intitulée « Visages de l’Afrique ».

Le premier visage est celui d’Alain Mabanckou, venu parler aujourd’hui plus précisément de ses Huit Leçons sur l’Afrique, tout juste sorties chez Grasset. On pourrait dire qu’on ne le présente plus tant il est apprécié à Nantes et ailleurs. Mais la modératrice et journaliste littéraire Valérie Marin La Meslée ne boude pas son plaisir en évoquant nombre de ses textes et engagements. A ses côtés se tient fébrile Catherine Blondeau que l’on connaît bien pour être la directrice du Grand T, théâtre de Loire Atlantique, longtemps nommée chargée culturelle à Johannesburg. On la découvre auteure de Débutants, un premier roman paru aux éditions Mémoires d’Encrier. Son personnage principal est un archéologue sud-africain spécialiste de l’art pariétal qui tente de rendre à l’Afrique sa place dans l’Histoire tout en essayant de se réapproprier la sienne, déchirée par l’apartheid. Sa fébrilité, elle nous l’explique et on la comprend en découvrant le troisième visage, celui de Mia Couto, qui va évoquer les Sables de l’Empereur récemment traduit et publié aux éditions Métailié. Lorsque Alain Mabanckou prédit avec sincérité l’imminente nobélisation de son voisin, Mia Couto sourit, concentré sur la discussion, en ayant cependant toujours son regard comme porté vers l’intérieur. On l’imagine en train de tisser la trame de sa prochaine fresque romanesque tout en participant à cet échange.

Ce jour là, ces trois visages si différents sont bien ceux de l’Afrique et c’est Alain Mabanckou qui va nous l’expliquer. Il évoque d’abord les absences que nous avons regrettées, celle d’abord de Abdourahman Waberi qui devait nous parler notamment de Pourquoi tu danses quand tu marches ? récemment paru chez Lattès. On pense aussi à celle de Jennifer Nansubuga Makumbi. On aurait aimé pourtant qu’elle nous évoque les mythologies et les malédictions exhumées de l’histoire de l’Ouganda dans son premier roman Kintu, paru chez Métailié. L’absence de l’un pour recommandation professionnelle à limiter ses voyages et de l’autre pour non-délivrance de visa nous ramène au raisonnement d’Alain Mabanckou : « J’y vois l’évocation des problèmes de mobilité. Le déplacement, c’est la rencontre de l’autre. Tout ce que nous faisons permet de créer des vecteurs de la rencontre de l’autre de façon à considérer la carte du monde dans les déplacements1 ». En ces temps où les échos de l’actualité font craindre de plus en plus la restriction du libre déplacement des personnes, il nous explique que la force du Continent Africain repose sur le concept de mobilité. C’est celle d’abord des populations qu’on accueille et Alain Mabanckou présentant le Congo rappelle que Brazzaville a été la capitale de la France libre dès 1940. « J’ai tendance à dire que tous les Français sont congolais mais ils ne le savent pas! ». C’est un fait trop souvent oublié afin de réduire Brazzaville à un point stratégique d’une des grandes subdivisions de l’ancien empire colonial. Cette mobilité, c’est aussi historiquement celle des intellectuels africains évoqués dans la première de ses Huit leçons :

Si la colonisation a engendré une littérature africaine d’expression française par le biais de l’acculturation, cette littérature africaine bénéficia parallèlement du souffle culturel venu de l’Amérique, où l’homme noir revendiquait son intégrité devant une nation ségrégationniste, qui poussa plus tard plusieurs écrivains et artistes afro-américains de renom à s’exiler en Europe, entre les années 1920 et 1930, en particulier en France, où ils trouvèrent un espace d’expression pour leur art. Cette renaissance de Harlem transposée à Paris, qui irrigua la ville lumière et conforta la pensée noire aux États-Unis, aura une influence directe sur l’émancipation des étudiants noirs en France. Ces rives afro-américaines de la Seine seront comme un aimant du monde au cœur de l’entre-deux-guerres, et – au-delà de la parenthèse lugubre de Vichy, – cette passion se poursuivra dans les années 1950 pour faire de Paris la ville de l’émancipation des Noirs, pas seulement d’Afrique, mais du monde entier, et dans le même temps, l’espace où la littérature coloniale prendra son envol vers une nouvelle destinée.

En 1956, à l’heure du congrès des écrivains et artistes noirs déjà évoqué, et dans ce bouillonnement culturel de Paris, en décrivant la colonisation, en la déconstruisant, en la critiquant, plusieurs auteurs du continent africain s’inscrivaient dans la continuité de la littérature coloniale, mais en rupture avec le regard porté sur l’espace colonial qui, lui, avançait à grands pas vers les indépendances. On en retrouve une multiplicité de traces, notamment dans un Nègre à Paris de Bernard Dadié (1959) où, dans une sorte d’exotisme inversé, c’est l’Africain qui dissèque la civilisation occidentale.2

Alain Mabanckou se dit de ceux qui, s’exprimant, sont parfois empêchés de rester sur le sol qui les a vus naître en écriture. Ils partent sans a priori à la rencontre des pensées de l’autre et de l’ailleurs :

Je me répétais sans relâche que je me garderais d’être un écrivain englué dans une sorte d’africanisme grégaire et qui arriverait au Collège avec une arme de destruction massive et une liste des atrocités que l’occident avait perpétrées dans mon continent ! Au contraire, je serais aussi reconnaissant à l’égard des imaginaires venus d’autres lieux et qui m’avaient permis de m’ouvrir au monde, ce monde que je considère comme un langage, tout en ne perdant pas de vue le recours à la critique objective.3 

C’est ainsi que Mabanckou aime « picorer » dans les travaux de Catherine Blondeau « une partie de l’Afrique multiraciale » qui lui apporte un regard autre, complémentaire. Catherine Blandeau cherche en effet dans son personnage, fils d’un sacrifié de l’apartheid, à renverser le regard, à s’attacher au regard d’un africain sur l’histoire européenne. « Chez Catherine, ce qu’il y a d’intéressant, c’est de suivre ce personnage d’archéologue qui va chercher sous les strates de l’histoire. ». Mabanckou ne s’attache pas à la couleur de celui qui écrit. Ce qui compte c’est la transmission de « l’enthousiasme celui qui [l]’a saisi jeune homme à l’écoute de Senghor ». Il développe alors, dans un demi-sourire que nous partageons, la parabole suivante : Lorsqu’une poule trouve l’œuf d’une autre, et qu’elle le couve, et qu’elle le chérit, et qu’elle en prend soin, peu importe qui elle est, d’où elle vient, l’essentiel est son enthousiasme à « faire naître un enfant, cet enfant de la civilisation de bronze que nous cherchons depuis longtemps. »

Pour passer le relais à Mia Couto, Alain Mabanckou précise son admiration pour « sa capacité à raconter l’Afrique sans la survendre, sans être dans la repentance, dans le sanglot de l’homme blanc ». Mia Couto nous parle en effet du Mozambique comme « d’un pays presque inconnu, qui produit de la fiction ». L’ignorance est d’abord celle des africains sur leur propre continent qui véhiculent eux-mêmes des stéréotypes coloniaux. Il souligne que les élites mozambicaines copient ces ignorances coloniales, et que le rapport colonisateur-colonisé continue d’exister à travers l’exploitation des matières premières. « Ce rapport n’a pas encore rendu toute sa dignité à l’Afrique4 ». Il évoque le travail monumental qu’il reste à mener pour que l’Afrique ne soit plus soumise aux subdivisions anglophones, lusophones, francophones. Si Mia Couto se défend d’être dans une démarche d’historien, il explique tout-de-même que la construction des Sables de l’empereur s’est nécessairement appuyée sur un travail de recherches se heurtant au refus des mozambicains d’évoquer ces faits vieux de cent ans, « craignant les fantômes qui allaient sortir de cette boite ». Quant aux sources écrites, ce sont celles des portugais qui au sein des querelles d’empires ont dû prouver leur puissance en se réappropriant une victoire sur l’empire de Gaza, alors que « cet empire s’est effondré tout seul » : Au Mozambique, les zoulous avaient créé l’état de Gaza, géré par trois générations d’empereurs successifs. C’est alors le « deuxième plus grand empire en Afrique dirigé par un Africain, qui domine tout le sud du Mozambique ». Mia Couto évoque la figure contradictoire du troisième de ses empereurs, officier de l’armée portugaise qui la combat cependant. Sa relation avec les portugais repose alors sur des accords, les portugais acceptant la présence de cet état de Gaza. C’est durant la conférence de Berlin en 1885 que les anglais ont sommé les portugais de reprendre cet espace afin de prouver leur position d’hégémonie sur le peuple mozambicain. Pour ne pas perdre la face et un empire, les portugais finissent par l’emporter en s’inventant par la même occasion une histoire glorieuse. Dans ce contexte, ce sont les individus qui intéressent Mia Couto : Son personnage féminin, jeune africaine traductrice, à la manière de l’ambivalent empereur Ngungunyane, oscille entre les deux mondes, rejetée tour-à-tour par l’une et l’autre civilisation. Face à la complexité de l’histoire, il ne s’agit pas de produire une somme historique, il s’agit de voir comment un individu précis se construit dans un contexte historique si complexe qu’il fait littérature. « J’écris pour la place de la femme, la place du pauvre, la place de l’autre. J’écris pour raconter une histoire mais je sais que j’ai la responsabilité d’écrire contre ce qui déshumanise l’autre. ». Pris dans l’histoire, le personnage ne peut plus être considéré comme portant un mythe en soi. Il est appauvri par la violence qu’on lui fait. Par la destruction de ce qui faisait son « éternité » : ses mythes, ses valeurs, son ordre social :

Tous les matins se levaient sept soleils sur la plaine d’Inharrime. En ces temps-là, le firmament était bien plus grand et en lui tenaient tous les astres, les vivants, et ceux qui sont morts. Nue comme elle avait dormi, notre mère sortait de la maison, avec un tamis à la main. Elle allait choisir le meilleur des soleils. Avec le tamis, elle recueillait les six étoiles restantes et les rapportait au village. Elle les enterrait près de la termitière, derrière notre maison. C’était celui-là notre cimetière de créatures célestes. Un jour, en cas de besoin, nous irions là-bas déterrer les étoiles. En raison de ce patrimoine, nous n’étions pas pauvres. Ainsi disait notre mère, Chikazi Makwakwa. Ou simplement Mame, dans notre langue maternelle.

Celui qui nous rendait visite connaissait l’autre raison de cette croyance. C’était dans la termitière qu’on enterrait le placenta des nouveaux-nés. Sur le nid de termites avait poussé une mafureira. A son tronc, nous attachions les tissus blancs. Là nous parlions avec nos morts.

La termitière était néanmoins le contraire d’un cimetière. Gardienne des pluies, en elle habitait notre éternité.

Une fois, le matin déjà tamisé, une botte écrasa le Soleil, ce soleil que ma mère avait élu. C’était une botte militaire, identique à celle que le portugais portaient. Cette fois pourtant, c’était un soldat Vanguni qui l’avait aux pieds. Le soldat était envoyé par l’empereur Ngungunyane. Les empereurs ont faim des terres et leurs soldats sont des bouches qui dévorent les nations. Cette botte brisa le Soleil en mille éclats. Et le jour devint sombre. Les autres jours aussi. Les sept soleils mourraient sous les bottes des militaires. Notre terre était en train d’être déchiquetée. Sans étoiles pour alimenter nos rêves, nous apprenions à être pauvres. Et nous nous égarions de l’éternité. Sachant que l’éternité n’est que l’autre nom de la vie.5

C’est la responsabilité humaine qui est alors engagée dans le parcours de chaque héros : comment se construit-on, comment un individu peut-il constituer un fragment de l’histoire commune quand il a été soumis à la violence de ce passé qu’on a voulu masquer ou ensevelir sous le silence ? On pense évidemment à Chaka Zoulou chanté par Senghor, cité plusieurs fois ce jour-là et dont l’enthousiasme portait encore Alain Mabanckou un peu plus haut : A l’heure des bilans, face à la Voix blanche manichéenne et accusatrice, Chaka, personnage ambivalent, doit reconstruire son image. Le fait de concéder ses erreurs et son humanité permet au personnage de déconstruire le mythe manichéen de brute sanguinaire que l’histoire était en train de de composer. Cette concession et l’affirmation de ses valeurs font sa grandeur d’esprit :

Chaka :

La faiblesse du cœur est sainte …

[…] A mon amour à Nolivé,

Pour l’amour de mon peuple noir.

La voix blanche :

Ma parole Chaka, tu es poète … ou beau parleur … un politicien !

Chaka :

Des courriers m’avaient dit :
« Ils débarquent avec des règles, des équerres des compas des sextants

« l’épiderme blanc les yeux clairs, la parole nue et la bouche mince

« le tonnerre sur leurs navires
Je devins une tête un bras sans tremblement, ni guerrier ni boucher

Un politique tu l’as dit – je tuais le poète – un homme d’action seul

Un homme seul et déjà mort avant les autres, comme ceux que tu plains.
Qui saura ma passion ?

Construire un personnage c’est peut-être déconstruire une histoire globalisante. Pour sortir de l’ombre une histoire ensevelie, il ne s’agit pas de reproduire les excès des anciennes représentations occidentales du héros : dans les romans qu’on nous présente, pas de personnage de droit divin, pas d’hyperbole outrancière. Les héros sont des femmes et des hommes de chair et de faiblesse, de courage et d’égarements, d’hybris et de tendresse. Le lendemain, lors de leur rencontre Mia Couto dira à Pascal Blanchard : « C’est la fonction de l’écrivain, de faire comprendre l’histoire coloniale en la donnant à ressentir6», amenant cette réponse de l’historien :

Ce qu’il dit est essentiel, c’est que pour arriver à faire comprendre l’histoire coloniale, ce n’est pas que le travail des historiens qui peut être possible. L’histoire coloniale ce n’est pas une histoire de gentils et de méchants, ce n’est pas une histoire où il y aurait d’un côté une couleur des bons, et d’un côté, une couleur des méchants. C’est des dizaines de milliers et de millions d’histoires et de récits individuels. Nous allons encore écrire pendant très très longtemps sur ce passé. Pour arriver à comprendre toute la complexité de ce qu’ont été les relations humaines. Quand dans ton livre, dans ton roman, tu expliques que cette jeune fille se retrouve en fait entre deux rives, […] en fait l’histoire impériale a fabriqué comme ça des millions de gens qui vont se retrouver entre deux mondes. Et en même temps, il fallait choisir, tu es colonisateur ou colonisé. […] La grande complexité du temps présent c’est comment on va prendre tous ces récits différents pour à un moment avoir un récit commun, comprendre comment l’autre raconte l’histoire. Comment l’autre a vu cette histoire. C’est trop facile de penser qu’il n’ y a que la manière du colonisateur de la raconter. C’est pour ça que quand on est avec Alain Mabanckou, quand on est avec Achille Mbembe, quand on est avec Leila Slimani, on essaye de raconter avec nos fils différents une histoire, pour un moment construire, non pas une mémoire commune idéale qui ferait que tout est parfait. Après ce qui s’est passé, c’est pas possible. C’est pas ça qu’on cherche. On cherche à pouvoir parler de notre histoire commune de pouvoir dialoguer ensemble de notre histoire commune. 7

On se souvient alors des mots de Catherine Blondeau. « Tous les trois cherchons à faire surgir des idées au-delà des impressions. Pour faire émerger une histoire commune d’une complexité infinie, qu’on a encore à raconter. Tout fait littérature. Il s’agit d’examiner les traces, de chercher à les comprendre, accepter de ne pas pouvoir tout expliquer.8 ». C’est peut-être cela qui fait, non pas le visage de l’Afrique, on a compris qu’elle ne se laisserait pas cerner si facilement, mais les visages de tous ceux qui sont comme frappés de fascination devant elle. On reste stupéfait par sa propre ignorance, et on a faim, et on a soif et on cherche à soulever toujours plus et encore les sables qui recouvrent les mythes et les êtres qui l’ont constituée et qui continuent de lui permettre de se déployer.

1Et citations suivantes : Alain Mabanckou, Festival Atlantide 2020, conversation dans le grand atelier du lieu unique, « Visages de l’Afrique », 07 mars 2020.

2Alain Mabanckou, Huit leçons sur l’Afrique, « Lettres noires, des ténèbres à la lumière », Grasset, P°37.

3Alain Mabanckou, Huit leçons sur l’Afrique, Avant-propos, Grasset, P°14.

4Mia Couto, Festival Atlantide 2020, conversation dans le grand atelier du lieu unique, « Visages de l’Afrique », 07 mars 2020.

5Mia Couto, Les Sables de l’empereur, Livre 1, femmes de cendres, éd. Métailié, P°19.

6Mia Couto, Festival Atlantide 2020, conversation avec Pascal Blanchard dans le grand atelier du lieu unique, « Lumière sur les empires coloniaux », 08 mars 2020.

7 Pascal Blanchard, historien membre du CNRS spécialiste de la question coloniale et des décolonisations, il a publié dernièrement Sexualités, identités & corps colonisés (CNRS éditions, 2019) et Décolonisations françaises. La chute d’un Empire (La Martinière, 2020).

8Catherine Blondeau, Festival Atlantide 2020, conversation dans le grand atelier du lieu unique, « Visages de l’Afrique », 07 mars 2020.

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