Les fables de La Fontaine en version mahoraise par Nassur Attoumani

Hale za Jean de La Fontaine, c’est le titre de ce défi que vient de relever le romancier et dramaturge mahorais, Nassur Attoumani. L’ouvrage tient sur un peu plus de 120 pages, avec une quarantaine de fables traduites en langue mahoraise. Un recueil composé en près de 6 mois, raconte l’auteur. Un défi qu’il s’est lancé à lui-même comme pour faire la preuve que la langue mahoraise est en mesure d’exprimer, de traduire les réalités du monde, à raconter les hommes et les femmes qui y habitent, à en traduire les vices et les beautés, les grandeurs et les petitesses.

Il tient à faire la lecture ce jour-là de La lice et sa compagne, qui pour le traducteur « raconte Mayotte d’aujourd’hui, alors que la fable a été composé au XVIIè siècle ».

« Une lice étant sur son terme,

et ne sachant où mettre un fardeau si pressant,

fait si bien qu’à la fin sa compagne consent

de lui prêter sa hutte, où la lice s’enferme.

au bout de quelque temps sa compagne revient.

la lice lui demande encore une quinzaine.

Ses petits ne marchaient, disait-elle, qu’à peine.

Pour faire court, elle l’obtient.

Ce second terme échu, l’autre lui redemande

sa maison, sa chambre, son lit.

La lice cette fois montre les dents, et dit :

« Je suis prête à sortir avec toute ma bande,

si vous pouvez nous mettre hors. »

Ses enfants étaient déjà forts.

Ce qu’on donne aux méchants, toujours on le regrette.

Pour tirer d’eux ce qu’on leur prête,

il faut que l’on vienne aux coups ;

il faut plaider, il faut combattre.

Laissez-leur prendre un pied chez vous,

Ils en auront bientôt pris quatre »

Ce qui donne en mahorais ceci :

Mbwa ya chachera na mdjoro wahe

Mbwa ya chachera yatsimu mezi

Wala kayakana makazi yondro trwa mdzo wahafula wahe,

Idzirembedza ata mwisoni mdjoro wahe akubali

amwazima banga lahe, vhahanu mbwa ya chachera yadzibalya.

Baanda vhwavhira mwana mida vhavho mdjoro wahe aregeya.

Mbwa ya chachera im’mya imbe mhula wa mifumo mili.

Mana wanazaza wahe wasuandriso pwa tata avhasa.

Ho angumbisa yamahadisi, hadja yahe ikubaliwa.

Wakati wamopara, mnyawe wule astsaha raha ule amwazime

nyumba yahe, fuko lahe, chitrandra yahe.

Vhavho ivho mbwa ya chachera yile idzijadza hasera, irongwa :

« Tsa tayari nilawe na udjama wangu piya,

Neka wawe uchindro riyndzya »

Wana wahe madza waka watrendre.

Wamovha chitru yaho watru wapewu, kula heli wawe ujutsa.

Wamotsaha urenge chitru wawazimayo,

Paka zihisiye tsoma ;

Fardhwi uchitaki, fardhwi uwane kondro.

Wavhe nafassi watrye mdru moja haho

ata utsozingawo utsopara amba madza wasisi mizi.

Nassur Attoumani, nous le rencontrons un soir. Dans le noir, aux abords du village de Passamaïnty, surgit une silhouette arborant un casque colonial. On distingue ses dents, un sourire toujours offert au passant. Il bredouille des amabilités, dans des phrases saccadées, toujours un mot gentil pour les passants, pour ses hôtes. A l’intérieur une portion de jaque nous attend en guise de dessert. Il l’a cueilli lui-même, sans doute qu’il a planté lui même le fruit qu’il tient à offrir à ses invités. Un homme généreux qui sème, récolte et redonne, comme avec son oeuvre.

Hale Za Jean de La Fontaine est transcrit dans une graphie qui prend quelques libertés avec la graphie officielle des langues comoriennes, ou du swahili. Les linguistes risquent fort de lui en tenir rigueur. Le traducteur explique qu’il fait très peu de cas de ce débat de spécialiste. Pas sûr qu’il parvienne à les convaincre. Pour lui, l’essentiel est d’avoir fait ce travail de traduction. D’avoir essayé. Avec parfois de belles trouvailles. L’ouvrage est publié aux éditions Orphie à la Réunion, avec des illustrations de Marie Breucq.

Nassuf Djailani

vos observations et commentaires nous intéressent

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s