Petrusmok réédité à Maurice chez l’Atelier des nomades

« L’île Maurice est un pâté de roches dans l’océan Indien où, sur un fond de colonialisme négrier, vivote une pseudo-civilisation dont chaque communauté de l’île revendique le monopole ». C’est ainsi que démarre Petrusmok de Malcolm de Chazal. Une critique acerbe, pleine de paradoxe de l’île qui l’a vu naître le 12 décembre 1902, mais pour laquelle, il voue une affection sans borne.

Petrusmok, publié pour la première fois en 1951 chez The Standard Printing Establishment, a connu une seconde parution aux Éditions de la Table Ovale, 1979, avant de reparaître à Paris: Léo Scheer, 2004.

Petrusmok est un roman de la déambulation dans une île Maurice faite de montagnes où le poète romancier effectue une « recherche morale de l’âme par les monts », « une cosmogonie morale ». Le voyage commence à Souillac, en 1950. Nous sommes en juillet. La scène se passe dans un petit village de pêche, une station balnéaire dans le sud de l’île.

Un poète passionné de surnaturel file vers le Sud. Ici, à cette époque-là, on voyage en autobus. Il s’attable avec une amie, ils boivent du thé, et l’instant d’une causerie ennuyeuse, l’île disparaît.

« Tout nageait dans du phosphore » lit-on p. 17 « et moi-même j’étais bu par une lumière surnaturelle ».

Après Souillac, l’esprit du personnage de Malcolm s’enfonce dans les Mystères de l’île, entre le monde des vivants et l’Au-delà des morts. On le suit à Chamarel, au Trou aux cerfs, au Pouce, ou encore à la Plaine de Moka, entre rêve et réalité.

« Magie des monts, ô Mythe Solaire

Et je reviens à nouveau au coin esseulé sur la rampe, autel sans atours, au bas de Satan et le fixant, où depuis hier un bouquet de bégonias de totale fraîcheur a été mis.

Croyance, ô Mythe ! Espoir, ô fleurs !

Et quand je repars, les fleurs de pommes de terre que le couchant rase ne sont plus que flocons lumineux, êtres mythiques minuscules qui peuplent l’immensité.

A ma gauche, un dépôt d’oriflammes, cinquante tiges de bambous, porte-étendards des futures flammes de l’esprit, du blanc ou du rouge des chiffons sacrés.

Et le soir de Moka me happe – vers Mon Désert, j’avance le bien nommé !

Mythe, comment interpréter cette immense Apocalypse ? Mon esprit se perd, ô Mystère ! » (p. 372)

Dans son récit, le romancier a le verbe acéré, une langue qui s’exaspère du pays réel, et qui sublime le pays rêvé. Le pays réel est chargé de motifs qui lui déplaisent : « Ce pays cultive la canne à sucre et les préjugés », et il les convoquent pour mieux les anéantir.

L’île Maurice, île carrefour, île métissée, serait-elle une île possédée, où les identités en s’additionnant auraient créée des êtres augmentés ? « Toutes les religions, toutes les races se rencontrent à l’île Maurice. Donc les superstitions et les religions ici s’entrechoquent et s’affectent » (p. 392) Le poète « qui brasse de l’Orient et de l’Occident » confie avoir « noté des lieux « psychiques », comme « Port-Louis « qui lui donne un élan que nulle autre partie de l’île ne peut faire ». Foyer, source d’une force surnaturelle, « La montagne était adorée comme un dieu, par ce peuple » (p. 18).

Après une immersion qui court sur plus de 440 pages, le romancier prévient dans ce qui s’apparente comme le principal message de son roman : « Visiteurs et vous, qui viendriez ici, ne quittez pas l’île Maurice sans avoir vu les Terres de Couleurs de Chamarel. Chamarel est le nom d’un de mes ancêtres, qui donna la désignation à ce lieu. »

Malcolm de Chazal, peintre, poète, journaliste et écrivain. Il est l’auteur de Petrusmok (Atelier des nomades, 2019). Disparu en 1981, il laisse derrière lui une oeuvre littéraire et artistique abondante.

Petrusmok est une oeuvre fondatrice, un roman cosmique et fantastique que vient de republier à l’île Maurice, la jeune maison d’édition mauricienne Atelier des nomades. Un très beau roman qui a bénéficié du soutien des Programmes d’aide à la publication de l’Institut français, avec le concours de la Fondation Malcolm de Chazal.

A lire ou relire de toute urgence ce roman plein d’humour, qui se referme sur ce clin d’oeil plein de malices :

 » Ce livre a trois auteurs :

Dieu

la Montagne

et l’Editeur

que le lecteur leur fasse ses réclamations pour toutes incorrection, tout manque, toute imperfection, toute incongruité, toute invraisemblance.

Le Quatrième Personnage n’est qu’un simple spectateur d’une Féérie qui le dépasse. »

Nassuf Djailani

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