Soumette Ahmed tente d’En finir avec Bob à Moroni, ce samedi 9 mars

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Beaucoup de stress, mais aussi beaucoup de rires tout à l’heure à l’issue du filage de la pièce En finir avec Bob, dans la grande salle de l’alliance française de Moroni. Les tableaux s’enchaînent, la pièce offre une belle mosaïque. Picturalement, c’est un bonheur pour les yeux, le travail de la lumière est très beau, grâce aux propositions de Samir Houmadi. Alors qu’à l’intérieur, la concentration est maximale, la rue moronienne bruisse des slogans électoraux. Le pays est en pleine effervescence. La présidence est à prendre, et ceux qui veulent s’y risquer sont légions. Alors ils battent campagne, et les hauts parleurs hurlent à tout rompre les noms des candidats à la magistrature suprême. En plateau, un homme tente de boxer la situation. Au milieu du brouhaha, car les murs de l’alliance ne sont pas insonorisés. C’est ainsi que l’on crée dans ce pays, de bric et de broc, et on fait des miracles.

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Ce samedi 9 mars, on attend beaucoup de monde pour cette unique date à la Grande Comore. C’est l’aboutissement de plusieurs mois de résidence création de la pièce de Nassuf Djailani, intitulée En finir avec Bob (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=33473). Soumette Ahmed est seul en scène, il est dirigé par Thomas Bréant, jeune metteur en scène de la compagnie Stratagème. Un tandem qui marche bien, car les deux hommes sont des amis. « C’est important pour construire et aller dans la même direction ».

 

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Quand on leur prête un peu d’attention, on se rend vite compte que Soumette Ahmed et Thomas Bréant travaillent en bonne intelligence, même si parfois des petites tensions peuvent apparaître. Mais tout cela finit par un grand éclat de rires et des embrassades. L’impression que tout roule, que tout s’enchaîne, que les choses sont évidentes. Les deux se parlent beaucoup et l’un comme l’autre sont ouverts aux propositions. Certaines sont retenues, d’autres se perdent en route. « Le travail de recherche a été très fructueux ».

 

En finir avec Bob est un texte que Soumette Ahmed connait bien, pour en avoir été l’un des premiers lecteurs. Un texte fort, exigeant, drôle que le comédien sert à merveille. Soumette Ahmed, est méconnaissable dans ce registre. Lui que l’on connait plutôt blagueur, comique, drôle, léger, réalise ici un grand numéro d’acteur. A la fois grave, profond, juste. Un comédien qui prend du plaisir à jouer cette histoire qui le concerne au premier chef.

En finir avec Bob, c’est l’histoire d’un jeune homme, Ahamada Combo qui se lance dans un projet fou : tuer Bob pour libérer son pays (imaginaire), et les consciences hantés par ce fantôme. Une histoire de mémoires blessées qui cherchent à panser les plaies, à soigner les blessures. Une histoire d’amour aussi, celle d’une mère qui cherche à apaiser son fils, plein de colères. A réhabiliter sa mémoire, son acte héroïque. « Le théâtre est le lieu de la crise, la parole ici se libère ». Une parole poétique, parfois ordurière, mais sans excès, pour dire son horreur de l’arbitraire.

 

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Quand le filage se termine, l’air est étouffant, les décibels n’ont pas cessé pour autant. Le comédien est en sueur. C’est à ce moment, que le ciel comorien s’est mis à déverser toute l’eau contenue dans les nuages. Laissant place à un peu de fraîcheur pour les nombreux spectateurs attendus ce soir à 20h.

Après Moroni, la pièce sera présentée au Centre universitaire de Mayotte, le 13 avril, avant d’autres dates, à La Réunion et en France. C’est une co-production entre la Compagnie Stratagème et le CCAC de Moroni, avec le soutien entre autres de la DAC de Mayotte.

Ousséni Raguissy

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=33473

 

Un avant goût du spectacle ici : https://www.youtube.com/watch?v=HLFIDMlEkgw

 

La presse en parle :

voici le lien vers l’entretien accordé par La Gazette des Comores à l’auteur de la pièce Nassuf Djailani lors de la présentation du spectacle à Moroni en Mars 2019.

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voici le lien vers l’entretien accordé par le quotidien Alwatan à l’auteur de la pièce Nassuf Djailani lors de la présentation du spectacle à Moroni en Mars 2019.

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PROJECT-ILES et Littérature mauricienne

Actualité, Anciens numéros, Créations, Revue des écrivains, Vos critiques

Ananda Devi

 

Dans ce troisième numéro de la revue PROJECT-ILES, nous vous proposons une approche de la littérature mauricienne à travers les lunettes de la romancière, nouvelliste et poétesse Ananda Devi. Dans un entretien au long cours, la romancière revient sur son oeuvre, près de trente ans d’écriture. Ethnologue de formation, Ananda Devi nous narre Maurice par le menu. Elle brosse un tableau sans concession de son pays décrivant des univers saturés de violence. Des articles d’analyses ainsi que des notes de lectures sont consacrés à son oeuvre.

Dans ce même numéro, nous proposons une rencontre avec une figure majeure des Lettres mauriciennes,  le poète Edouard Maunick avec le concept d’identité-relation qu’on peut rapprocher d’Edouard Glissant.

L’autre temps fort de ce numéro c’est l’entretien avec l’historien Mahmoud Ibrahim qui vient de publier le premier manuel d’Histoire à des destination  des collégiens et lycéens comoriens. Une première depuis l’indépendance de la république comorienne en 1975.

Et puis nous vous proposons également une rencontre avec un ouvrage nécessaire à tous les amoureux de Madagascar et du groupe Mahaléo. 40 ans d’histoires de Madagascar, écrit par la journaliste Fanny Pigeaud avec des photos de Lucien Rajaonina (l’un des fondateurs de la radio télévision malgache né en 1943 et disparu en 1999). Dans une préface à cet excellent ouvrage d’histoire raconté à travers les chansons du groupe Mahaléo, l’écrivain Raharimanana écrit : « chaque chanson naît (renaît) sous les entretiens mené par Fanny Pigeaud. Ce livre nous fait voyager à la fois dans la naissance des chants mahaleo et dans celle douloureuse et en cours de l’île moderne, de ce Madagascar tant désiré, un véritable voyage artistique et politique ».

 

 

Jean-Luc Raharimanana

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Jean-Luc Raharimanana

« Qu’est-ce qu’écrire, sinon habiter le silence »

Jean-Luc Raharimanana voit le jour en 1967 à Tananarive, la capitale malgache. Il est aujourd’hui l’une des plumes les plus puissantes et l’une des plus novatrices de la littérature malgache, après Michèle Rakotoson ou encore David Jaomanoro. Depuis Lucarne, une énergie, un chaos habite l’œuvre de Raharimanana. En effet, il faut maintenant dire Raha / ri / mana / na, car l’auteur dans une volonté d’inscrire l’imaginaire malgache dans toute son œuvre a botté le prénom Jean-Luc hors des couvertures de ses œuvres publiées. Comme s’il y avait chez lui une volonté d’inscrire son écriture dans une certaine forme de refus, le refus de la facilité pour les réfractaires aux patronymes malgaches, jugés trop longs, ou trop difficiles à prononcer. Raharimanana est ainsi donc un écrivain qui s’oppose en réclamant son droit à l’« opacité » qu’il entend faire accepter. Un refus également des raccourcis historiques sur la mémoire malgache. Ainsi son projet littéraire semble avoir pour objet de bousculer l’histoire officielle, de balayer les images de cartes postales plaquées sur l’île, pour dire toute la profondeur, voire toute la part cachée, confisquée de l’Histoire malgache. Avec toutes les difficultés que cela comporte.
« Tout transcrire… » . « Comment dire cette terre ? […] reconquérir notre propre culture. Se re-convaincre de nos propres valeurs. Retracer ce qui a été effacé. Se ressouvenir. Se remémorer », voilà l’une des grandes obsessions de son métier d’écrivain. Mais à l’évidence l’œuvre est complexe, faite de fragments, dont le fil conducteur n’est pas perceptible au premier abord, une œuvre dont l’approche nécessite un effort sur notre horizon d’attente. Comme si son écriture refusait d’être réduite à un résumé simpliste.
Ce sont des tranches de vies blessées, avec des personnages écorchés par l’arbitraire, et l’injustice. D’où la question de comment raconter une réalité faite de balafres et de rupture de chairs.
Lucarne inaugure douze nouvelles décrivant Madagascar, entre autres comme un lieu de souffrances, de misères et de passions. On navigue à travers des trajectoires rompues, des hommes et des femmes comme des bêtes traquées dans les rues d’une ville sans noms, sans lumières, où le nauséabond le dispute au tragique voire à l’apocalypse, mais où l’amour charnel rappelle les personnages à la vie, à la survie.

La question de la langue est centrale dans l’œuvre de Raharimanana. « Quelle forme adopter quand au sortir de la colonisation, la parole nègre a été laminée, discréditée de toute intelligence ? La question de la forme devient vitale face à ces siècles d’oppression. On parle souvent d’engagement concernant les œuvres africaines, beaucoup moins des recherches formelles mises en route dans ces productions. Contourner les surdités, les préjugés ; coller au plus près du sens et dire à notre manière le récit de nos vies ; une forme forcément déroutante pour une littérature peu habituée à la parole africaine. J’ai tourné autour de cette question en m’emparant de l’insurrection malgache de 1947. »
A ce propos, la grande majorité de l’œuvre de Raharimanana est publiée en français, excepté un recueil de poème publié en malgache, Tsiaron’ny nofy, ainsi qu’une édition franco-malgache de l’essai Madagascar, 1947. « Le roman n’a pas suffi à explorer cette mémoire, l’essai n’a pas suffi, des photos redécouvertes sur l’insurrection m’ont ramené paradoxalement à subjectiver davantage, une forme d’urgence plus exacerbée encore quand le parlement français discute de la loi sur l’aspect positif de la colonisation. J’ai écrit Madagascar, 1947, assumé le je pour un discours sur l’histoire, contesté cette fameuse objectivité qui ferait de l’histoire une science exacte. Ecrire comme cet homme debout, vivant, un je doué de voix et de corps, toujours, contre le rétrécissement d’une vision du monde qui l’exclut. »
Parce que le travail de mémoire, explique Raharimanana, « ne rejoint pas toujours la restitution historique de l’événement traumatisant. C’est avant tout une tentative de vivre avec sa douleur, d’exprimer la stupeur qui a ébranlé au moment des faits, cet indicible qui vous a rabaissé dans la dignité humaine. C’est pouvoir se reconstruire enfin, ne pas oublier cette violence qui a frappé de plein fouet et pouvoir transmettre pour que cela ne se reproduise plus, dire et faire comprendre plus jamais ça à ceux qui n’ont pas vécu le traumatisme » . Une sorte de thérapie, comme pour être en paix avec soi-même et aller de l’avant et mieux regarder demain.
Portraits d’insurgés, son dernier ouvrage en collaboration avec le photographe Pierrot Men, est une manière de « redonner la parole à ceux qui ont vécu les événements [du massacre de 1947], leur donner voix, visage, réalité, reprendre mémoire, recommencer le dire, transmettre… ». Ainsi, l’écrivain n’est pas résolu à se taire, n’en déplaise aux épidermiques de la repentance.
Nassuf Djailani