Big Jim remet le couvert et promet un sacré gueuleton

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Les nouvelles en provenance d’Outre-Atlantique ne sont pas très bonnes, c’est le moins que l’on puisse dire. Aux élections des midterms qui ont eu lieu ce mardi 6 novembre aux USA, le parti démocrate a désormais la majorité de la chambre des représentants, tandis que le parti républicain assoit sa domination au Sénat. Pour se consoler de trumpisation des esprits, il faut lire ou relire A Really Big Lunch, ou encore Un sacré gueuleton signé Jim Harrison. Un recueil de 375 pages, traduit pour les éditions Flammarion par Brice Matthieussent. Le sous-titre est savoureux : Manger, Boire et Vivre et le contenu lumineux, parfois caustique, hilarant.

 

Né en 1937 dans le Michigan, aux Etats-Unis, Jim Harrison est décédé dans son sommeil le 26 mars 2016 dans sa maison de Patagonia, en Arizona. Depuis, son départ, sont parues en français ses Dernières nouvelles, ainsi que Le Vieux Saltimbanque, à titre posthume. Ce sacré gueuleton est la dernière publication aux éditions Flammarion, et ça vaut vraiment le détour.

« Tous les lecteurs de Jim Harrison connaissent son appétit vorace pour la bonne chère, les meilleurs vins et autres plaisirs bien terrestres qui irriguent son œuvre. Grâce à ce Sacré gueuleton, même les plus fidèles d’entre eux seront surpris de découvrir l’étendue de ses écrits sur le sujet » prévient son éditeur.

Ulf Andersen Archive - Jim Harrison

FRANCE – SEPTEMBER: Author Jim Harrison poses while in France during September 2002.(Photo by Ulf Andersen/Getty Images)

« Manger » nous dit Jim, « est une course contre la montre. Ce matin, j’ai abattu un énième crotalidé (serpent à sonnettes) près des marches de mon bureau, son corps agité de soubresauts s’effondrant enfin en point d’interrogation. Finis les déjeuners de rongeurs pour ce salopard de républicain dont un parent a tué Rose, mon setter anglais bien-aimé ! J’ai jeté le serpent mort en pâture aux cochons, et la grosse truie, Mary, l’a dévoré avec le plaisir évident d’un homme affamé se régalant d’une assiette de foie gras. Elle m’a souri comme pour me dire : « Merci, nous sommes bien ensemble sur terre. Quand tu dégusteras mes gros jambons, je gambaderai au paradis dans un champ de maïs doux et de melons cantaloups bien mûrs. »

Autre exemple, dans un chapitre intitulé : Critiquer un vin, critiquer un livre (p. 75), l’écrivain revient entre autre sur son expérience, son attitude, face à la critique. C’est plein d’enseignements :

« Dans mon premier article évoquant les critiques oenologique et littéraire, « Comparaisons oiseuses », je me suis énervé sur ces sujets sensibles, et quelques-uns d’entre vous se sont sentis contrariés. Cette réaction rappelle le conte pour enfants, Les Nouveaux Habits de l’empereur. Selon votre religion, seul Jésus, Mahomet ou Bouddha sont sans tache. Tous les autres mortels manquent quand à eux régulièrement de certains vêtements. Un jour qu’enfant je pêchais avec mon père, il m’apprit à ma grande consternation que la reine d’Angleterre allait aux toilettes comme tout le monde. Nous savons qu’Einstein fut parfois un mari infidèle et je me souviens d’un article dont l’auteur écrivait que « Picasso restait insensible aux besoins des femmes ». Même un homme aussi imposant que le président des Etats-Unis est sujet à l’erreur. Au début de ma carrière, mon recueil de nouvelles intitulé Légendes d’automne a été éreinté dans la presse londonienne par le célèbre C.P. Snow. J’ai alors bâillé avant de me rendre à la banque pour y faire un énième dépôt de mes droits d’auteur. Nous craignons le négatif, mais sans lui il n’y a pas de positif ». Le baron de Leicester Charles Percy Snow en prend ainsi pour son grade, et ils sont nombreux ainsi à faire les frais de la verve du Big Jim.

 

Les textes que composent ce recueil, sont rassemblés pour la première fois en un seul volume, ces articles publiés au fil de sa carrière ne se contentent pas de célébrer les plaisirs de la table. Savoureux quand il croque les travers comparés des critiques littéraires et des experts œnologues, féroce quand il brocarde l’affadissement du goût et la nourriture industrielle, Big Jim parle de gastronomie avec la même verve que lorsqu’il évoque la littérature, la politique, l’amour des femmes ou l’amour tout court. En chemin, il déroule des recettes toujours réjouissantes, parfois inattendues, et fait preuve d’un humour dévastateur à l’égard des pisse-vinaigres de tout poil. Parents, amis, écrivains, hommes politiques et personnages de roman se croisent au fil des pages pour composer un autoportrait du gourmand vagabond, une biographie en creux de l’auteur de Dalva, de Légendes d’automne et du Vieux Saltimbanque. Avec ces multiples entrées, ce livre est un véritable festin littéraire qui comblera tous les appétits, grâce notamment aux recettes que glisse l’amoureux des bonnes tables.

 

Passionné par la France, et par sa cuisine, il confie dans un texte qui a donné son titre à ce recueil que : « Si l’on devait m’apprendre que j’allais bientôt passer l’arme à gauche, j’ai souvent pensé que je rejoindrais Lyon pour y manger comme quatre durant un bon mois, après quoi on pourrait me jeter d’une civière dans le Rhône bien-aimé. Peut-être y nagerais-je au fil du courant jusqu’à Arles pour y savourer mon dernier dîner. »

Un sacré gueuleton est un recueil sublime. Les petites formes qui tissent ce recueil sont écrites dans une si belle langue, que l’on ne s’en rassasie pas. Jim, écrit, par ailleurs que le « gourmand est celui qui continue de manger alors qu’il n’a plus faim ». Surtout quand il évoque par exemple, le spectacle éblouissant d’une « jeune femme grimper adroitement l »escalier jusqu’à l’orgue de l’église et se mettre à jouer du Bach si fort que les pierres ont bourdonné sous mon corps ». La scène se passe à Aix-en-Provence, où l’écrivain était de passage.

Un texte à savourer. « Un seul mot d’ordre : être modéré à l’excès », tempère-t-il.

 

Nassuf Djailani

 

Pour poursuivre :

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« c’est à Douala justement, qu’est née ma fascination pour le Vietnam, l’histoire de ce peuple, sa résistance, sa résilience »

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REceptionPrixLouisGuilloux

Diên Biên Phù du poète slameur et romancier Marc-Alexandre Oho Bambe vient d’être couronné par le Prix Louis Guilloux. Un texte original qui mêle poésie et prose sur une histoire d’amour entre le Vietnam et la France. « Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie. »

Né en 1976 à Douala au Cameroun, Marc Alexandre Oho Bambe, adopte Capitaine Alexandre, comme nom de scène. En hommage à René Char sans doute, qu’il affectionne par ailleurs. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie publiés chez La Cheminante (Le chant des possibles, 2014 ; Ci-gît mon cœur, 2018) et de l’essai poétique Résidents de la République (2016).

Créé en 1983 par le département des Côtes-d’Armor, le prix Louis-Guilloux est décerné chaque année à une œuvre de langue française ayant une « dimension humaine d’une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l’individu au profit d’abstractions idéologiques » dans l’esprit de Louis Guilloux, né et mort à Saint-Brieuc (1899-1980).

L’écrivain revient pour la revue PROJECT-ILES sur ce beau roman couronné de succès.

PROJECT-ILES : Est-ce que vous pourriez nous raconter la naissance de ce très beau roman Diên Biên Phù ? Comment vous est venue cette histoire d’amour entre ce soldat et cette jeune femme ? Une histoire entendue ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Depuis longtemps j’avais envie de raconter une histoire d’amour au long cours, et tenir cette promesse faite à moi-même à l’âge de 16 ans : devenir écrivain et toucher à tous les genres littéraires.

Je rêvais de devenir écrivain. Cinq livres plus tard (trois recueils de poème, un essai et ce premier roman), je rêve toujours de devenir un écrivain, même si je me sens à ma juste place, sur ce chemin d’écriture que je trace depuis Douala où j’ai poussé mon premier cri … de poésie.

Et c’est à Douala justement, qu’est née ma fascination pour le Vietnam, l’histoire de ce peuple, sa résistance, sa résilience et ma fascination aussi pour ces trois syllabes, qui claquent, résonnent fort en moi et forment le titre de mon livre « Diên Biên Phù ».

Questionner le sentiment amoureux dans toute sa complexité, l’amour en temps de guerre, l’amour dont on ne se relève pas et qui nous élève vers nous-mêmes, aborder la colonisation et les luttes de décolonisation, chanter l’amitié qui peut sauver et réparer les êtres, mon roman est né de ces envies mêlées et d’une urgence à écrire et dire ce texte qui me manquait, et me hantait.

PROJECT-ILES : Pourquoi cette construction alternant prose et poésie ? On sait que vous venez du slam, est-ce que c’est riche de ce genre, de cette pratique que vous avez composé ce roman ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : La construction alternant prose et poésie était évidente pour moi, dès le départ. On ne peut dire, ni chanter l’amour sans poésie. Et la poésie qui est rythme, tempo, musique de mots, traverse mon roman, pour donner à ressentir toute la force des sentiments de mon narrateur, Alexandre.

PROJECT-ILES : Aviez-vous besoin de vous rendre sur place pour décrire magnifiquement les lieux de rendez-vous ? Vous vous y êtes-vous rendus d’ailleurs avant, pendant, ou après l’écriture du roman ? Ou est-ce que vous avez laissé parler votre imaginaire ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : J’ai laissé parler mon imaginaire, et me suis souvenu de mes prochains voyages au Vietnam (rires).

J’étais déjà allé au Vietnam. Ceci dit, mon voyage n’avait pas vocation à m’aider à accoucher d’un roman qui se déroulerait dans ce pays, mais naturellement quand j’ai commencé à écrire mon histoire, je me suis servi de ce que j’avais vu, senti, ressenti, entendu, tout ce qui m’avait troublé, touché, interpellé pendant mon séjour sur place.

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelques chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clef de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

PROJECT-ILES : Qu’est-ce qui a séduit l’éditrice Sabine Wespieser dans ce projet ? D’ailleurs comment avez-vous travaillé ? Le texte est-il arrivé par La Poste, comme on a coutume de dire ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je ne peux pas répondre à la place de mon éditrice, mais je suis heureux qu’elle ait cru à ce texte, assez pour l’accueillir dans sa maison d’édition. Et non, le texte n’est pas arrivé par la poste, je n’ai jamais envoyé de textes par la poste. Et ce n’est pas une question de confiance envers les services postaux (rires), mais je crois aux rencontres. Humaines. Et chacun de mes éditeurs, Sylvie Darreau (La Cheminante), Rodney Saint Eloi (Mémoire d’encrier), Sabine Wespieser est avant tout une rencontre. Humaine.

PROJECT-ILES : Votre roman vient d’être couronné par le Prix Louis Guilloux, que représente ce prix pour vous ? D’ailleurs, vous attendiez-vous à être distingué par ce prix-là pour ce texte ? Et éprouvez-vous une fierté supplémentaire compte tenu du jury du Prix ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je me reconnais assez dans cette phrase-étincelle de Louis Guilloux, ami proche d’Albert Camus, professeur d’espérance : « Je n’ai d’autre morale que l’amour de la vie… » je suis donc très heureux d’être lauréat du Prix Louis Guilloux 2018, et honoré aussi. Non je ne m’attendais pas à ce prix, d’ailleurs ce serait prétentieux non, de s’attendre à un prix. On peut en espérer parfois mais s’y attendre, me paraîtrait un peu osé, voire déplacé (rires).

PROJECT-ILES : Ce texte va-t-il être traduit au Vietnam ? Avez-vous déjà des contacts sérieux ? Y a-t-il d’autres traductions prévues dans une autre langue ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je l’espère, oui. J’en serai bouleversé, je pense. J’aurais le bonheur de me rendre au Vietnam au printemps prochain, pour dire ce texte sur scène et le partager là-bas.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

 

« Au milieu des cataclysmes, des fureurs, des haines, il y a toujours un sourire qui affirme la présence de l’humanité »

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Mbarek Ould Beyrouk, romancier mauritanien signe aux éditions Elyzad en septembre 2018 : « Je suis seul ». Un très beau roman qui interroge sur la question du fanatisme. Et des conditions de bascule. Un personnage caché dans un village assiégé descend en lui-même pour tenter de comprendre ce qui a mené à ce chaos. Tout le long du roman, il attend que son ex-femme, chez qui il est venu se réfugier, revienne le délivrer. Reviendra-t-elle ? C’est tout l’enjeu du roman. Beyrouk, a reçu en 2016, le Prix Ahmadou Kourouma pour son précédent roman Le tambour des larmes. Il revient pour la revue PROJECT-ILES sur ce roman plein de poésie.

PROJECT-ILES : D’abord, est-ce que vous pourriez nous expliquer pourquoi ce titre : « Je suis seul » ? Est-ce qu’il faut y voir un cri du cœur lancé par le narrateur à Nezha, cet amour auquel il a renoncé pour Selma ? Ou est-ce plutôt la détresse de toutes ces populations sous le joug des islamistes ?

Mbarek Ould Beyrouk : J’ai en réalité bien hésité avant de choisir ce titre-là. Il m’a d’abord apparu comme un titre provisoire, mais l’éditeur a trouvé qu’il s’agissait là d’un très bon titre. En réalité c’est bien la solitude qui plane dans ce roman, solitude du personnage principal coupé de la vie, reclus dans une pièce exiguë, solitude des populations qui se retrouvent prisonnières de fanatiques, solitude de la cité isolée dorénavant du reste du monde. Solitude, je dirais aussi de la compassion qui ne trouve plus preneur.

PROJECT-ILES : Pourquoi aviez-vous choisi de ne pas donner de nom ni de prénom à votre narrateur ? Un choix délibéré pour créer du manque, de la frustration chez le lecteur ? C’est un peu le sentiment que l’on éprouve tout le long. On se pose la question de savoir comment il s’appelle. Etait-ce délibéré ? Et pourquoi ?

Mbarek Ould Beyrouk : C’est vrai, le narrateur n’a pas de nom, il a perdu ce signe distinctif, il est nous tous mais en même temps il existe. Il a une vie particulière, des angoisses particulières, des peurs particulières, des amis, des gens qu’il aime et d’autres qu’il redoute. Comme nous tous.

PROJECT-ILES : D’où vous vient le personnage de Nezha ? Existe-t-il vraiment des figures comme elle dans ces pays pris d’assaut par les fanatiques ? On est pris d’admiration et de fascination pour cette héroïne. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Mbarek Ould Beyrouk : Au milieu des cataclysmes, des fureurs, des haines, il y a toujours un sourire qui affirme la présence de l’humanité. Nezha est ce sourire-là, notre part de lumière. Ai-je vraiment construit ce personnage ? Il s’impose de lui-même au cœur de toute cette perversité.

PROJECT-ILES : Vous donnez juste deux trois éléments pour que les personnages soient vraisemblables, mais vous basculez très vite dans la retenue. Pourquoi ce choix très minimaliste dans la description des personnages ? La recherche de l’efficacité sans doute ?

Mbarek Ould Beyrouk : J’adore lire Balzac mais je ne suis vraiment pas balzacien. Je fais un croquis des personnages au lieu de leur dresser de vrais portraits, il reste toujours en eux tout de même une place de mystère, mais je crois cependant qu’ils sont vrais, que le lecteur peut les sentir.

PROJECT-ILES : Une question sur la construction même du roman. Pourquoi cette alternance des récits, ces retours en arrière permanentes, (avec la convocation des souvenirs pour faire évoluer le roman) ? C’est très astucieux, n’est-ce pas ? On est bluffé à chaque fois par la construction, la manière dont vous faites alterner les voix, l’enchaînement des actions.

Mbarek Ould Beyrouk : Je ne sais pas comment se construit un roman, je ne me pose pas de questions à cet égard, je réunis un puzzle, j’écris une histoire telle que je la sens, je ne cherche nullement à bluffer ni à surprendre, je cherche seulement à souligner ce qu’il y a de plus profond, de plus humain dans un récit. Tous mes romans sont comme ça, l’histoire évolue en zigzaguant, mais elle évolue.

PROJECT-ILES : Est-ce que vous pourriez revenir sur le personnage de Ethman, celui qui représente le mal absolu dans ce roman. Qu’est-ce qui justement le fait basculer dans la folie meurtrière ? Le viol de sa promise, est-ce seulement cela qui le précipite ou est-ce l’absence de perspective ?

Mbarek Ould Beyrouk : Ethman est un homme perdu, perdu pour lui-même. Ses douleurs, ses ambitions sont devenus haines aveugles. C’est le sort de tous les fanatiques, délaisser leur part d’humain.

PROJECT-ILES : Vous semblez pointer également, l’extrême inculture islamique des fous de Dieu, et vous leur opposez d’ailleurs la figure de Nacerdine, l’aïeul du narrateur, un mystique éclairé qui possède la science du texte. C’est une démarche essentielle aujourd’hui que doit accomplir la littérature ? C’est la vôtre ? Celle de créer du sens ?

Mbarek Ould Beyrouk : L’inculture islamique, et l’inculture tout court des fanatiques, tout le monde la connait, vous savez bien ici en France qu’une bonne partie d’entre eux proviennent du monde interlope. On ne peut pas tuer indistinctement des gens quand on possède un vrai fond de culture. Le terrorisme c’est l’ignorance puis la haine aveugle, un sentiment de frustration qui vous fait détester tout et tous, et vous-même en particulier.

Nacerdine est un mystique du XVIIème siècle qui appela ici en Mauritanie et dans le nord du Sénégal à l’émergence d’un Etat théocratique, il sut conquérir une bonne partie de la vallée du Sénégal ainsi que de la Mauritanie actuelle, il fut vaincu par une coalition des tribus arabes de Mauritanie des princes du Waalo et de l’administration française de Saint Louis du Sénégal. Il prônait lui aussi l’égalité, la fraternité, le respect des dogmes religieux, l’arrêt du commerce des esclaves mais tout ça sur fond de sainteté et de fanatisme. Il y a eu dans l’histoire de notre région plusieurs émergences due à l’extrémisme religieux mis au profit d’ambitions politiques, c’est d’ailleurs, je crois un phénomène mondial. Dans ce roman je fais d’ailleurs un clin d’œil à un excellent roman, La guerre de la fin du monde de Vargas Llosa, là aussi il s’agissait d’un prêtre fanatique qui au XIXème siècle a appelé à se révolter cotre la République et la Laïcité.

PROJECT-ILES : Accepteriez-vous que l’on parle d’anti-héros s’agissant du narrateur ? Pourquoi ce parti de ne pas en faire un vrai héros ? Pour montrer la complexité de sa situation ?

Mbarek Ould Beyrouk : Non. A la limite, il n’existe pas de héros ni d’anti-héros ou plutôt si vous voulez il en existe des milliards. Quand apparait l’aveuglement, on se pare des habits de l’héroïsme mais tout cela c’est du faux, grattez un peu et vous rencontrerez la misère humaine ; platement humaine.

PROJECT-ILES : Vous créez une extrême frustration à la fin du roman, en n’expliquant pas ce qui se passe après le face à face entre le narrateur et Ethman. Pourquoi ce refus de donner à voir ? Ouvrir l’imaginaire ?

Mbarek Ould Beyrouk : Non, je ne veux pas créer un état de frustration, je veux seulement ouvrir vers l’ailleurs vers demain, vers l’inconnu, là où notre imagination, peut voguer, créer.

PROJECT-ILES : Quel accueil ce roman a-t-il reçu dans votre pays, la Mauritanie ? En Afrique en général ? Dans le monde arabe ? A-t-il d’ailleurs été traduit ?

Mbarek Ould Beyrouk : Ce roman et sorti il y a moins d’un mois. On me parle déjà de traduction en Anglais et même en néerlandais. En Arabe je ne sais pas, vous savez le roman dans le monde arabe est en agonie. J’ai reçu d’excellentes critiques en Afrique et ailleurs. Je crois tout de même que ce roman répond à quelque chose, c’est ce que j’ai cru sentir en écoutant les autres, mais vous savez quand on termine une œuvre, on est déjà ailleurs, on pense déjà à une autre création. L’écriture est une passion qui vous fais toujours oublier l’instant.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

 

Le journaliste Zola à la reine Fatouma Djombé, reine de Mohély

Actualité

 

« Se sentir la continuelle

et irrésistible nécessité

de crier tout haut ce qu’on pense,

surtout lorsqu’on est seul à le penser,

et quitte à gâter les joies de sa vie ! »

E. Zola, Préface à Une campagne, 1882.

 

Alors que la reine Fatouma Djombé (sic) en visite à Paris, est venue demander la protection de La France dans les conflits qui opposaient les sultans des Comores, Emile Zola adresse une lettre ouverte qui, sous prétexte de la guider dans Paris, présente un tableau satirique du régime et de la société du second Empire.

La lettre date de 1868, publiée dans le journal La Tribune du 12 juillet.

Une lettre encore brûlante de vérité, car ce que décrit Zola est d’une grande actualité. Dans la rubrique Causerie, Emile Zola, irrévérencieux et pleins d’audace, propose d’abord à la reine d’être son guide dans Paris. « Il est des journaux qui indiquent aux nobles étrangers les édifices qu’ils doivent visiter, les plaisirs qu’ils leur faut prendre (…) Nous procéderons par jour », suggère le journaliste Zola.

D’emblée le journaliste maniant la satire s’en prend à la bureaucratie française, sous l’œil de la reine : « le lundi matin, visitez un de nos ministères. Amusez-vous à suivre la filière administrative d’une affaire quelconque ; vous verrez comme quoi l’autorisation de poser une borne dans un champ peut demander plusieurs années d’examen. Jetez surtout un coup d’œil dans les cartons ; la vue de ces nécropoles où dorment tant de projets oubliés vous réjouira infiniment. Vous apprendrez-là qu’un gouvernement sage repose sur un peuple d’employés qui bâillent de dix heures à quatre heures. Quand vous rentrez dans vos Etats, vous paierez le plus de fainéants possible, et votre royaume s’endormira avec une lenteur majestueuse. (…) »

Là-dessus, les ministères actuels pullulent de fonctionnaires fantômes, recrutés par clientélisme, radiés par les successeurs. Zola, égrène ses propositions sur les 6 jours premiers jours de la semaine. Avant d’ajouter : « Enfin, le dimanche matin, pour vous reposer, visitez à pied nos faubourgs, dans le plus strict incognito. Vous y verrez ce qu’il est bon qu’une reine voie : beaucoup de misère, beaucoup de courage, une irritation sourde contre les oisifs et les voluptueux. Vous y entendrez gronder la grande voix du peuple qui a faim de justice et de pain. »

Avant de poursuivre : « Je vous conseille de passer tous vos après-midi au Corps législatif. On y parle par milliards en ce moment, et c’est toujours réjouissant d’entendre énoncer de gros chiffres, surtout quand on goûte l’intime volupté de ne pas avoir sorti un sou de sa poche. Vous y admirerez en outre le travail de machine puissante et docile qu’on appelle la majorité. Vous éprouverez à coup sûr le désir d’avoir chez vous une machine semblable, qui applaudisse complaisamment tous vos actes. Demandez aux préfets ce que coûte chaque rouage. »

(…) Le débat sur la fiscalité, la fraude fiscale et la grogne contre le trop d’impôt fait toujours rage, quel que soient les majorités en France. Rien n’a vraiment changé de ce point de vue.

EmileZola

Dans un développement, plein de lucidité, le journaliste Zola poursuit : « Vous le voyez, madame, si nous n’avons ni millions ni armées à votre service, nous pouvons encore vous servir à quelque chose. Mettez-vous à l’école chez nous, et vous ne sentirez plus le besoin de replacer votre époux sur le trône, vous gouvernerez vous-même, vous doterez votre pays d’institutions aussi belles et aussi impeccables que les nôtres. »

Les Comores ont abandonné le système monarchique pour la démocratie, mais toujours avec des institutions fragiles. Jamais une femme, n’a encore été élue à la tête de l’Etat fédéral.

« Mais peut-être n’êtes-vous pas ambitieuse. Vous n’avez, pour toute suite, dit-on, qu’un cuisinier et qu’une chambrière. Entre nous, cela me parait devoir suffire à une femme : une chambrière pour qu’elle aille décemment vêtue, un cuisinier pour qu’elle ne meure pas de faim. »

Et la conclusion de la lettre est à l’image de tout le combat de Zola journaliste et écrivain : « Alors, madame, retournez dans votre pays, ôtez les bottines à talons qui vous gênent, dormez en paix dans votre palais de bois, et faites-en sorte que votre peuple vive libre et heureux. Vous en savez plus que nous. » Il reste encore du travail.

Nassuf Djailani

Un texte publié, dans un recueil intitulé : « Ah ! Vivre indigné, vivre enragé !… », quarante ans de polémiques. Choix de textes, introduction, notices et notes, par Jacques Vassevière, Livre de poche, dans la collection La lettre et la plume, 2013. Les pages citées sont situées entre les pages 81-85.

« Je suis seul », un roman sublime sur le dégoût du fanatisme et la foi en la vie

Actualité, LITTÉRATURE FRANCOPHONE

 

Je suis seul, le dernier très beau roman de Mbarek Ould Beyrouk est une introspection d’un personnage qui n’est d’ailleurs pas nommé, mais qui est reclus dans une petite chambre, quand son village est pris d’assaut par des fanatiques islamistes. Il est le descendant de Nacerdine, un mystique et un grand chef tribal que le personnage principal évoque et invoque pour qu’il vienne le sortir de l’impasse. L’homme est un journaliste en rupture de ban après l’arrivée des islamistes, dans un village qui n’est pas non plus identifié.

Il est venu se réfugier dans son village, auprès de son ex-femme, appelée Nezha. Ce deuxième personnage sera d’ailleurs le fil rouge de tout le roman. Le héros, à qui l’auteur ne donne pas de nom, monologue tout le long. Ce sont des flashbacks qui font revivre ses souvenirs et ses désirs d’évasions. Le personnage principal se refuse de se présenter comme un héros. Il se trouve même lâche à l’image de la majorité de la population qui a décidé de fuir ou de rester et de courber l’échine. S’ensuit une réflexion sur « Comment devient-on berger omnipotent d’un troupeau, d’un troupeau d’aveugles ? », autrement dit, « comment devient-on chef de guerre ? », voilà entre autres les questions de fond qui sont posés en creux par le narrateur.

Au fil du court roman, apparaissent des personnages comme Ethman, la figure du mal absolu. Il a été l’un des amis d’enfance du personnage principal, jusqu’au jour où il apprend que sa promise, a été violée par les soldats du régime. C’est un peu la bascule du roman. Comment plonge-t-on dans l’horreur islamiste ? Quel peut en être la motivation ? Beyrouk ne propose pas des réponses définitives, il ne fait que suggérer des pistes en forme de questions. Ces fous, auraient-il manqué d’amour et de considérations dans leur enfance ? L’humiliation ne serait-il pas à l’origine de cette folie meurtrière ? Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné ils deviennent ces bêtes immondes qui ne sont motivés que par la mort, avec le carburant de la haine dans les veines ?

Quand il introduit, le personnage d’Ahmed, Beyrouk semble suggérer l’idée que dans les rangs de ces fous de Dieu, tous les profils ne se ressemblent pas. Ahmed, frère de Nezha, part dit-il chercher la connaissance en Afghanistan ou au Pakistan, avant d’être incarcéré à Guantanamo. Le personnage doute sur sa culpabilité, car l’ayant connu enfant, il ne croit pas en sa radicalisation. Pour lui, l’incurie politique, la corruption dans le pays, font que les jeunes n’ont d’autres perspectives que le départ, ou l’entrée dans l’islamisme radical. Pourtant, Beyrouk fait prendre un autre tournant à son roman, c’est celui de l’Amour. D’ailleurs l’anti-héros se pose en permanence la question de savoir : Comment continuer d’aimer, dans ce monde où tout concours à supprimer la vie, les rires, l’ivresse, la légèreté, l’amour ?

Le roman aurait d’ailleurs pu s’appeler En attendant Nezha, ou En attendant le retour de Nezha. Car le narrateur pense à elle tout le temps. Bien qu’étant divorcé d’elle, il se découvre encore amoureux de celle qu’il a quitté « lâchement » dit-il pour rejoindre Selma. Quand il est revenu dans le village, Nezha, l’a caché dans ce réduit, avec la consigne ferme de ne jamais faire de bruit, de rester dans le noir, de ne jamais ouvrir au risque de se faire prendre.

« Ai-je vraiment aimé Nezha ? Je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment aimé, je crois, ni Nezha, ni Selma, ni aucune de mes nombreuses conquêtes, je n’ai jamais aimé personne… sauf ma mère » (p. 60)

L’anti-héros, avoue avoir été attiré par l’argent que lui faisait miroiter la capitale. Pauvre dans ce village du Nord, il a tout fait pour venir s’accomplir en ville. Il s’amourache de Selma la fille du maire qui lui ouvre la porte du pouvoir. Selma est une fille légère qui prend plaisir à faire languir les nombreux courtisans qui viennent voir son père. L’union avec le narrateur va garantir les services d’un collaborateur zélé et sans scrupules. Mais très vite le narrateur déchantera. La figure de la mère toujours en tête, il reviendra dans son village pour se retrouver. C’est ce huis-clos qui constitue le cadre de ce roman aussi bref, qu’intense et puissant.

La violence, la barbarie des djihadistes est insoutenable et le narrateur confie toute son horreur pour les crimes de ses derniers :

« J’ai toujours mal au cœur quand je m’imagine un corps déchiqueté, ses membres volant à part, l’extrême mutilation. Quel paradis accepterait un homme tout en lambeaux et emportant avec lui d’autres au trépas, des personnes qu’il ne connaît même pas ? A quel commandement divin obéit-on quand on sème la désolation et la peur chez des innocents ? Ils ont osé montrer à la télévision, un terroriste, en mille morceaux, j’ai vomi avant de pleurer »… (p.55). Il leur oppose la figure de son aïeul, Nacerdine qui savait guider les masses, qui a longtemps prêché pour la bataille de l’esprit, admiré de ses fidèles, subjugués par sa voix, et ses vastes connaissances. Contrairement à son aïeul, raconte le narrateur, Ethman « ne possède rien, pas de science, pas de verbe, pas de passion des foules, pas d’appels divins, ni de prophéties. Ethman possède une arme et des mots de haine, c’est tout ». (p. 42)

La littérature semble être la seule échappatoire à sa captivité. Il pense à ses lectures pour tenter de trouver des réponses. Il pense notamment à sa lecture de La guerre de la fin du monde de Mario Vargas Llosa. Et le narrateur de s’interroger :

« Est-ce qu’ils lisent des livres, ces gens qui nous tourmentent ? Non, certainement non, ils ne s’intéressent qu’à ce qui conforte leur rhétorique fanatique, ils rejettent sans réfléchir tout ce qui n’entretient pas leurs folles certitudes, ils ne donnent aucune chance aux questions, car réflexion peut être doute, et leur demeure mentale si fragile s’ébranlerait s’ils laissaient paraître les moindres lésions ».

L’anti-héros aura à plusieurs reprises des envies de se révolter, mais ne le fera pas car il est traversé par une forme de fatalisme qui le fera renoncer. Même si vers la fin du roman, il finit par affronter Ethman, dans un courage insensé. Chose étrange, Beyrouk crée une grande frustration à ce moment précis, car il ne nous dit pas si l’anti-héros survit de ce face à face ou pas.

Je suis seul, est un roman qui est passé un peu inaperçu en cette rentrée littéraire, mais il s’agit à l’évidence d’un grand livre qui trouvera son lectorat. Il est publié dans une très belle collection des éditions tunisiennes Elyzad. Un bel hymne à l’amour.

Nassuf Djailani

« Excellence, Azali Assoumani, assumez votre mission ou partez »

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Azalilunettes

Lettre ouverte au Président de l’Union des Comores

Excellence, Monsieur le Président Azali Assoumani

Une jeune fille vient de trouver la mort sur une plage du Nord de Mayotte dans la nuit du samedi au dimanche 16 septembre. Les gendarmes lui donnent 8 ans. La méchanceté nous ferait dire que la brièveté de sa vie vous incombe à vous personnellement. Vous avez été, Monsieur le Président, l’homme de la mise en place de l’Union des Comores, avec le système de présidence tournante qui confiait les rênes du pays à un ressortissant d’une île autonome tous les 5 ans. Vous avez réussi cela, sans bain de sang, et la communauté internationale vous a salué pour cela. Vous ne l’avez pas fait seul, il faut être juste, mais vous avez été l’artisan de cette transition pacifique. Vous n’avez pas été tenté durant les dix années d’alternance de vous immiscer dans les affaires politiques, et c’est tout en votre honneur.

Mais, cher Président, ce vent mauvais qui plane sur l’archipel est étouffant. Les fils et les filles, les pères et les mères sont jetés sur la route de l’exil, chaque nuit. Il faut le reconnaître, excellence, votre politique ne porte pas ses fruits. Là est votre échec personnel. Chaque jour passe, depuis votre retour aux affaires, sans que la terreur ne cesse de foudroyer les citoyens de ce pays que vous avez promis de servir. La corruption, les élections bâclées, la violence policière, les arrestations arbitraires se multiplient. Il n’y a plus d’oppositions qui puissent vous apporter la contradiction. La presse est muselée, les journalistes menacés, les professionnels qui tentent de faire leur travail, licenciés. Voilà votre bilan en un an de retour au pouvoir.

Une petite fille morte sur une plage de Mayotte, est-ce là votre bilan ? A l’évidence, oui, excellence. Des bateaux font la navette pour Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan, parce que l’Etat central ne propose rien aux îles autonomes. Vous savez tout cela, faut-il s’épuiser à vous le rappeler.

Des voix s’élèvent à Mayotte pour dénoncer la pression démographique. Des mots de haines fusent ici et là devant le bureau de la préfecture. Pression démographique, vous savez ce que c’est. Les îles Comores indépendantes se vident de leur population et cela se solde par des drames. Rien ni personne ne pourra empêcher des insulaires de circuler, c’est absurde même de le penser. Mais le fait est, que ce n’est pas de gaieté de cœur, pour la majeure partie des personnes qui font la traversée, qu’ils « achètent la mort ». Ce terme, je l’ai entendu et enregistré lors d’un reportage sur les hauteurs de Kawéni. Les personnes en ont conscience que ce bras de mer est meurtrier. A quoi sert-il encore de le rappeler.

Mais vous, excellence, que proposez-vous ? La fermeture des frontières. Le refus de réadmettre des nationaux. Voilà votre politique. Les comoriens des Comores indépendantes visitent leur famille à Mayotte et c’est bien normal. Mais quel est votre vision, monsieur le Président ? Cette jeune fille, de 8 ans méritait-elle ce triste sort ? Bien sûr, il est commode et c’est normal de mettre en accusation l’administration française. Elle occupe un « territoire, illégalement », comme le rappelle les Nations-Unies. Inutile de rentrer ici dans un débat rhétorique sur la présence française sur l’île de Mayotte, sans s’épuiser dans une glose interminable. Voilà une puissance qui est là, qui est bien là et parce que la population de Mayotte la lui permet, elle s’impose. Faut-il s’en accommoder ?  Vous avez décidé et c’est votre droit de le contester. Mais, si vous êtes revenus au pouvoir, est-ce pour répéter les mêmes recettes d’hier qui ont donné cette tragique mort d’une jeune fille de 8 ans sur cette plage du Nord de Mayotte ?

La population de Mayotte va lui offrir une sépulture comme l’exige l’Islam. Mais pour sa mémoire, donnez des moyens aux hôpitaux à Anjouan, à Mohéli, à la Grande Comore pour que plus jamais, une petite fille de 8 ans ne puisse finir jetée sur une plage comme quantité négligeable. C’est votre mission, excellence, assumez-la ou partez.

Nassuf Djailani, écrivain

Ma fille, une mise à l’épreuve du père signée Naidira Ayadi

Actualité

Beaucoup d’émotions et un sentiment mêlé surtout quand on est père après avoir vu Ma fille, le dernier film de Naidira Ayadi avec comme rôle principal, le grand Roschdy Zem. A l’approche des fêtes de Noël, les mères ressentent toujours les choses. La mère, donc appelée Latifa (jouée par Darina Al Joundi) pense à sa fille partie pour des études de coiffure à Paris. Elle s’en prend à son mari (incarné Roschdy Zem) un père taiseux. Elle lui reproche de ne pas s’inquiéter pour sa fille. Quand Nedjma (une Natacha Krief, bouleversante) reçoit un SMS de Leïla (sa grande soeur Doria Achour), c’est la bascule. Elle veut vivre sa liberté, elle n’a pas l’intention de revenir. Ce film nous lance sur sa piste, dans le Paris de la nuit. Bouleversant. Inspiré du Voyage du père, de Bernard Clavel.

Nassuf Djailani