« Apprendre des hommes qui vivent avec les baobabs »

PAR JOHARY RAVALOSON

Carnet de voyage dessiné (texte et peinture de Griotte) et documenté (textes et photographies de Cyrille Cornu).

Dans le sud-ouest de Madagascar, à sept heures de route de Tuléar, après Betioky, se trouve le petit village d’Ampotaka, de cinquante toits dispersés dans le bush, à l’orée d’une forêt de baobabs, lesquels servent en partie de réserves d’eau pour les villageois.

Cyrille Cornu voue une véritable passion pour ces arbres extraordinaires, creusés ou pas par les hommes. Après son premier film, Baobabs entre terre et mer (2015), il écrit et réalise une série de documentaires. Dans cet ouvrage, il nous offre des photographies insolites de ces géants, des rugueux, des ridés, des lisses, des creusés, des boutonneux, des millénaires, et même un vieil arbre tombé, vus à hauteur d’homme, mais aussi de loin, vus du ciel ou plus près, de l’intérieur – la fameuse réserve, ou encore de nuit – dont celle exceptionnelle de la fleur qui n’éclot qu’à la tombée du jour pour faner au petit matin.

Cyrille Cornu chez les creuseurs de baobabs

Il nous apprend tout sur les Adansonia – appelés ainsi en mémoire du botaniste Michel Adanson (1727-1806) qui les avait décrits au Sénégal alors que « six des neuf espèces connues ne se rencontrent que sur la Grande île ». Ainsi, entre autres choses, on apprend que la pulpe comestible du fruit recèle des trésors nutritionnels. Aussi, que « toutes les cellules sont vivantes jusqu’au cœur. Ceci leur confère des capacités de cicatrisation exceptionnelles ». Ce qui permet aux hommes de les creuser, sans les tuer, pour en faire des citernes vivantes, stockant jusqu’à 10 000 litres d’eau.

Griotte prie pour que les industriels de la cosmétique ou du pharmaceutique ne se prennent d’engouement pour ces êtres d’exception et ne les exploitent jusqu’à les éradiquer ; car leur cycle long ne correspond pas au temps frénétique de la consommation.

Elle croque et nous rend plus proches ces « pachydermes végétaux » mais surtout le village et la forêt, ensemble et séparément, riches en savoir vivre. Comme pour les Zanfan zavavirano (texte d’Anny Grondin, Dodo vole, 2016) ou les anguilles de Trois tresses (texte de Raharimanana, Dodo vole, 2018), elle raconte et peint chaque parcelle de vie de la brousse. Les baobabs et les humains baobabs qui vivent autour : des femmes, des hommes et des enfants, beaucoup d’enfants, dont la particularité est de savoir supporter, en sus de la misère commune malgache, la sécheresse extrême. Comme les baobabs, des survivants comme eux, malgré le kere, la famine qu’entraîne la sécheresse, le feu et l’appétit du monde.

Comme dans le livre, la peinture de Griotte et les photos de Cyrille, le fonker de l’une et la documentation de l’autre, ils se soutiennent. Les baobabs en conservant l’eau aident les hommes à vivre. Et ces derniers prennent soin de la terre autour des vénérables. « C’est bien trop souvent dans un seul sens » rappelle Griotte. On apprendrait de ces hommes qui vivent avec les baobabs. C’est le chant du livre.

Cyrille Cornu & Griotte, Chez les creuseurs de baobabs, Voyage au pays de za, éditions Elytis, Bordeaux, 2020.

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