Avec AKZAK, danser comme pour montrer la beauté du monde

PAR NASSUF DJAILANI

AKZAK des chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux est un rayon de soleil qui luit aux Zébrures d’automne de Limoges. Ils ont cru ne jamais pouvoir danser à cause de la crise qui déflagre sur la planète. Mais Limoges sera l’occasion pour ces jeunes venus des 4 coins du monde de montrer un beau projet qui allie des individualités tissées en un.

Akzak de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux © Christophe Péan

Quand on arrive, la grande scène de la salle Jean-Moulin est jonchée de sable rouge. Des formes surgissent du fond de la salle quand on fait silence. Des bruits de pas, lents, rompent le silence. Un homme s’avance à pas feutrés. Ses chaussures bleues sont éclairées par une petite lampe torche à mesure que le circuit imaginaire dessine ce qui s’apparente à un rectangle. L’homme va et vient dans l’espace. Et le son de ses pas impose un rythme à l’oreille. Est-ce le cœur qui bat ? Serait-ce le pouls de la terre que nous renvoient les enceintes ?

"Comment un rythme ensemble ?
Apporter à l'écriture chorégraphique une spontanéité propre à cette jeunesse éprise de liberté.
Souder un bloc d'humanité"

Comme s’il avait enclenché un mouvement, des corps autour de lui se meuvent dans la nuit, font chanter le sol. Ils sont colorés, on dirait des cerfs-volants chassés par le vent. Ils tournoient avant de se ramasser sur eux, d’esquisser des formes. Quand une douche lumineuse se déverse sur eux, on a affaire à des visages beaux, divers et variés. Ils s’appellent Sarath, Meriem, Juliette, Mohamed, Chourouk, Adama, Moad, Fatou, ou encore Angela, ils ont entre 20 et 30 ans. Et ils témoignent du visage de la fraternité que cherchent à rendre les chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. Ils sont douze jeunes danseurs originaires du Burkina Faso, d’Égypte, du Maroc, de la Tunisie ou encore de la France. Et ils forment un seul et même corps qui n’a pas l’intention de se séparer. Le spectacle s’appelle Akzak

La démarche ? « Souder un bloc d’humanité ».

Pour se faire, il y a à l’écart sur la droite, une batterie, des percussions qui ouvrent le tableau suivant. Tee-shirt jaune, jean gris, en contraste avec l’ocre qui tapisse le sol, un homme prend place autour des instruments. C’est Xavier Desandre Navarre. Un sac plastique en main, un micro ouvert, et la magie opère.

L’objectif, c’est de « créer une puissance collective » vante la plaquette distribuée à l’entrée. Les danseurs obéissent à une syncope, avec des ruptures, des impacts, des suspensions dans leurs gestes. D’abord lents, presque suspendus, les gestes s’accélèrent parfois jusqu’à une certaine frénésie. C’est la musique qui commande les corps. Les deux chorégraphes parlent de la  « quête d’une identité – relation », conceptualisée par Édouard Glissant, où se confrontent et s’entrelacent leurs particularités ». Ils dirigent depuis 2015 une structure appelée Viadanse, un centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort, et ils ont soif d’ailleurs. Héla Fattoumi est originaire de la Tunisie où ensemble avec son binôme, elle participe au développement de l’art chorégraphique depuis 30 ans.

Serait-ce pour elle une façon de rendre à la scène ce qu’elle recherche dans le mystère du monde ? Pourquoi Akzak ? Le mot vient du terme Aksak, « désignant les principaux rythmes irréguliers qui combinent le binaire et le ternaire dans la musique des Balkans ».

Ils sont venus de Tunisie, du Burkina, du Maroc, de l’Egypte ou encore de France
© Christophe Péan

Les individualités se détachent par moments de la dynamique de groupe, sans provoquer de dissonance, chaque geste sert le tableau. Il y a d’ailleurs un fil rouge, qui est un témoin, un liant entre les interprètes. L’objet est multicolore et ce n’est certainement pas un hasard. Comme des identités multiples qui se tendent la main, s’interpénètrent, forment une chaîne, à l’image de cette jeunesse qui réinvente un langage. Une fraternité, une humanité à susciter, à réveiller, à réhabiliter. Les chorégraphes d’ailleurs, expliquent qu’il s’agit d’« apporter à l’écriture chorégraphique une spontanéité propre à cette jeunesse éprise de liberté et heureuse de se projeter vers un nouvel horizon d’universalité ».

Le spectacle s’appelle L’impatience d’une jeunesse reliée © Christophe Péan

Akzak, est un beau vertige dans lequel nous plonge les Zébrures d’automne. Une mention spéciale pour la composition et l’interprétation musicale qui est ensorcelante de beauté.

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