Zaho zay remporte deux prix au FID de Marseille 2020

PAR MAGALI DUSSILLOS

Nous vous en parlions il y a quelques jours, le conte documentaire Zaho zay dont le texte a été écrit par Jean-Luc Raharimanana vient d’obtenir deux distinctions : le Prix Renaud Victor et la mention spéciale Georges de Beauregard International. Le film a été réalisé par Maéva Ranaïvojaona et Georg Tiller. Il était en compétition au Festival International du cinéma de Marseille (du 22 au 26 juillet).

Maéva Ranaïvojaona, Georg Tiller, Jean-Luc Raharimanana et le producteur Thomas Lambert, dont le film Zaho zay est récompensé au 31è FID de Marseille ce 26 juillet 2020. DR

L’écho d’un appel déshumanisé s’élève d’une file d’hommes aux têtes baissées, parias hagards franchissant la porte d’une prison. Interchangeables ? Est-ce une prison – est-ce un purgatoire – est-ce un sas d’attente ? Vers quoi ?

Le personnage principal du film est une femme en quête du père qui s’est faite gardienne de prison. Il s’agit en fait de l’un des deux personnages principaux, le second, la figure du père, étant omniprésent du fait même de son absence. La gardienne ne garde pas, elle regarde. Passeuse d’hommes, passeuse de regards. Elle attend là parmi ces visages de voir apparaître celui de son père. Un homme qui a tué, à plusieurs reprises. Elle ne sait où le chercher mais elle a la certitude que l’errance de ce disparu finira là, parmi ces hommes alignés attendant l’appel ou la prochaine distribution d’une soupe trop claire dans laquelle flottent des morceaux de manioc décharnés.

Les espaces filmés ne sont pas paysages, ce sont des vers, des rythmes poétiques, des refrains. Un corps dont on devine les pieds et la violence subie dans un champ de cannes, des baobabs qui se dressent sur le silence. Un poignet ensanglanté abandonné sur un lavabo.

La voix off se cherche un visage parmi tous ceux qui se taisent. Il y a comme une attente. Les images sont pleines de silences comme la voix poétique qui conte la quête. C’est la beauté de l’art que d’être dans la rétention. C’est dans ces silences fertiles que sont invités les spectateurs qui viennent y tisser à leur tour leurs propres interrogations et interprétations.

La quête même de la jeune femme affirme la dignité de ces hommes qu’on aurait pu croire sans visage.

Je connais ton père.

C’est la démarche de la gardienne pour comprendre ses origines qui donne une voix à l’un de ces hommes qui ne semblait réduit qu’à racler une écuelle.

Qui peut te connaître ?

Comment réduire la complexité d’un être à la chose vue, à sa disparition ?

Zaho zay est une tentative de se nommer, c’est la construction d’une identité en pays blessé aux héritages et aux transmissions inter-générationnelles sous silence et sous misère. De là émergent l’urgence et la nécessité d’une transmission faite à rebours. C’est la femme qui tente de construire le récit de son père, sans jugement, sans épanchement. C’est une attente qui se fait contemplation et poésie. Le fait même de dire les choses dans leur complexité, d’y apposer des mots et un regard leur confère une identité, une singularité. Zaho zay. C’est ce que je suis. Les images et les mots sont d’une incroyable dignité et poésie, l’une étant liée à l’autre.

A propos des prix décernés ?

Prix Georges de Beauregard

Prix Georges De Beauregard International
Attribué à un film de la Compétition Internationale.
Le prix est doté par la société Vidéo de poche.

Chantal de Beauregard a créé en 1985 le Prix Georges de Beauregard dédié à la mémoire de son père le producteur Georges de Beauregard. Elle s’est ensuite tournée vers une mémorisation plus pérenne et plus ciblée et a choisi de l’intégrer au FID, Marseille étant le lieu de naissance de Georges de Beauregard et sa famille maternelle.
Le FID a donc initié en 2001 le prix Georges de Beauregard.
Né dans le quartier Saint Jérôme à Marseille, Georges de Beauregard a produit des courts, des moyens et des longs métrages, certains pouvant être considérés comme des «documents de l’histoire et du temps» tels «La passe du diable» d’après l’oeuvre de Jean Pierre Kessel tourné en 1957 en Afghanistan, premier long métrage de Pierre Schoendorffer, «Le petit soldat» de Jean Luc Godard sur la guerre d’Algérie (1960) ou encore des films tels que «A bout de Souffle», « Cléo de 5 à 7 » et « Pierrot le fou ».

Le Prix René Victor :

http://www.lieuxfictifs.org/en-chantier/article/prix-renaud-victor

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