La femme à sa fenêtre, un texte poignant de Maram Al-Masri, publié dans la belle collection Poés’Histoires des éditions Doucey

PAR MAGALI DUSSILLOS

La très belle maison d’édition Bruno Doucey vient de publier (en octobre) une nouvelle collection intitulée Poés’histoires dirigée par Murielle Szac. Cette collection accueille de grands poètes comme Yvon Le Men, Maram Al-Masri ou encore Venus Khoury Ghata,Bruno Doucey, dont les textes sont rythmés par de très belles illustrations de Sibylle DelacroixSimone MassiNathalie Novi ou encore Sonia Maria Luce Possentini.

« Une collection de recueils comme autant de courts-métrages pour ouvrir des fenêtres poétiques sur le monde », explique la directrice de la collection. « Parce qu’il est urgent d’offrir aux jeunes des poèmes et des images qui les prennent au sérieux, eux, leurs questions et leurs émotions. » elle est persuadée que « que la poésie nous raconte les histoires de la vie. Et « parce que les enfants ont autant besoin que les adultes d’une poésie qui les aide à comprendre le monde dans sa complexité, qui leur permette de démêler leurs doutes, leurs peurs et leurs joies ; bref, d’une poésie qui les éclaire sur eux-mêmes et sur les autres. Parce qu’il s’agit de former les lecteurs de poèmes de demain. », explique l’éditeur.

Dans La femme à sa fenêtre, Maram Al-Masri, poétesse syrienne et Sonia Maria Luce donnent voix à une femme qui cherche à faire sourire le quotidien bien tourmenté d’un enfant dans un pays en guerre.

Je veux préparer un monde

où il n’y aura plus d’armes

ni de guerre

un monde où une mère

aimera le fils d’une autre mère

comme son fils

un monde qui ne fera pas de différence entre les hommes […]

Je veux préparer un monde naïf et sincère,

comme ce poème.

La Femme à sa Fenêtre regarde l’enfant de France et se prend à espérer. L’enfant de France saisit délicatement le recueil de Maram al-Masri, le caresse, et regarde en penchant la tête le visage de la petite fille derrière le rideau. Il est frappé déjà par la tendresse des illustrations de Sonia Maria Luce Possentini. Puis il l’ouvre à la première page, à son tour, comme on ouvre une fenêtre. Dès le premier poème, le projet de consolation réciproque est posé : tristesse et joie seront inséparables dans cette rencontre nécessaire entre les enfants de Syrie et les enfants d’ailleurs. Devinant la douce intimité dans laquelle ce recueil va plonger ses lecteurs, l’adulte s’efface, pour laisser les enfants se lire les textes à haute voix, et sentir leur voix qui s’adoucit, se pose un instant, lorsqu’ils devinent.

Les enfants de Syrie,

Emmaillotés dans leurs linceuls

Comme des bonbons enveloppés

mais ils ne sont pas en sucre

ils sont de chair

et de rêves et d’amour

 Les enfants qui lisent les vers que leur offre Maram al-Masri avaient entendu auparavant les mots : Syrie, Guerre, Enfants, Là-bas, dans un bruit lointain de télévision. Une naïve incrédulité écarquille cependant leurs yeux lorsqu’ils comprennent derrière la délicatesse et la douceur des mots les souffrances d’une mère qui a perdu son enfant. Ils récitent les vers qu’ils ont appris sans effort, C’est trop tôt pour être des oiseaux, et jouer dans le ciel. Ils questionnent, veulent savoir, on leur répond doucement. On ne leur cachera pas la vérité : Maram al-Masri sait que l’enfant pour être jeune n’est cependant pas naïf. Et si c’est avec de douces et simples images qu’on leur dit les tragédies de la guerre, c’est parce que la poétesse rêve que les mots puissent se faire fragiles remparts contre toutes les douleurs qui les menacent.

Mais pourquoi est-ce qu’on ment aux enfants ?

Ce sont des mensonges de jasmin blanc et vert

qui parfument les chemins épineux

ce sont des colombes qui portent les enfants

sur les ailes de la tendresse

et la magie des verbes

vers les pays de joie et de paix

La Femme à sa Fenêtre nous prend dans ses bras. Le recueil a le goût de la banane rêvée ou partagée, l’odeur d’une barbe à papa de fête foraine et la douceur de la main tendue. Ces goûts, ces objets touchés, ces joies partagées font des enfants qui lisent, à leur tour des enfants de la liberté. L’écriture de Maram al-Masri mène à l’universalité, le mot n’est pas galvaudé dans la bouche d’un enfant.

Reproduction des p. 52-53, dessin de Sonia Maria Luce Possentini dans La femme à sa fenêtre (éditions Bruno Doucey)

Sacha, Luna, Patricia, Emilie, Lucie

Guillaume, Sinan, Mathieu, Ryan, Samer

Fatima, Sarah

Shéhérazade

Syrine

Firouzeh

Qu’importe le nom qu’ils portent

Qu’importe leur couleur

Qu’importe leur religion

ils sont

l’étreinte du ciel et de la terre.

L’écriture permet un effet magique de réciprocité. L’enfant qui lit à haute voix tend la main à la poétesse exilée, à la mère blessée, à l’enfant qui danse malgré les mains qui détruisent. Le poème se fait objet transitionnel, cheval de bois, caresse. Qui de la poétesse ou de l’enfant est consolé ? Devant la magie du lien poétique, l’adulte se tait, s’incline, esquisse un sourire et redevient un enfant.

Les gens se ressemblent quand ils sourient

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