Ce que Punk islands n’est pas

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Réponse à l’article de Soeuf Elbadawi publié le 11 mai 2016 dans Africultures (http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=13620#comment) intitulé No future land à propos du dernier album de Mtoro Chamou, Punk islands.

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Qui es-tu Soeuf pour distribuer les bons et les mauvais points en matière de « comorianité » ? Qu’est-ce qu’il t’a fait Mtoro Chamou ? De quoi est-il coupable pour mériter un tel torchon dans les colonnes d’Africultures ? Soeuf Elbadawi tu aimes bien donner des coups de griffes, sans accepter d’en recevoir, mais souffre un instant qu’on te rappelle quelques vérités.

Tu prétends parler au nom des Comoriens, en interdisant aux autres de le faire sans tomber sous tes coups de griffes. Tu te sers des colonnes d’Africultures pour t’ériger en détenteur de droit divin du privilège de parler des Comores.

Tu nous hurles assez dans les oreilles tes phrases pleines de postillons pour nous reprocher -toujours des reproches- de ne pas être assez comorien, pour nous faire le reproche inverse aujourd’hui.  Seulement t’arrive-t-il de te regarder Soeuf et de faire ton propre examen de conscience. Tu vis à l’année à Paris, tu cours les subventions de la France, après tu viens faire la leçon. Ton article est méchant, d’une méchanceté gratuite à l’égard de Mtoro Chamou et accessoirement à mon endroit. Mais j’ai l’habitude. Rien de ce qui sort de Mayotte ne trouve grâce à tes yeux. Il faut se faire une raison.

Tu sembles pointer le symptôme, toi le psychiatre en chef, héritier de Fanon. Tu nous parles de notre schizophrénie mahoraise. Tu as raison, nous sommes habités par une certaine forme de schizophrénie, mais je suis désolé de te dire que tu pointes dans ton article ta propre schizophrénie. Relis-toi ça te fera du bien. Tu nous voudrais comoriens, tu voudrais que nous l’assumions, que nous l’écrivions, que nous le vivions, que nous le chantions. C’est ce que nous ne cessons de faire. Seulement, nous le faisons mal, c’est ton droit de le penser, nous n’en pensons pas moins à ton égard.

Comoriens nous sommes, et ne cesserons de l’être. Tu as le droit de ne pas le croire. Mais nous sommes nés à un endroit qui s’appelle l’archipel des Comores, voilà la vérité. Comoriens nous sommes, oui et nous ne cesserons de l’être quelque aient été les comportements ou les attitudes de nos parents ou grands parents au moment des indépendances.

Comoriens nous sommes, et ne cesserons de l’être. Mais l’histoire, notre histoire est là, elle est complexe, faut-il cher Soeuf que nous triions dans notre histoire pour n’en garder que la part noble -la comorienne, et nous désaliéner de la part coloniale. Sans doute, et la tâche est dure, mais c’est tout le projet artistique, et le projet de vie tout court. Etre homme, au milieu des autres hommes, avec cette particularité d’être d’un lieu et d’affronter le réel avec cet héritage. Mais j’ai envie d’ajouter que j’ai envie de cesser d’être prisonnier de l’histoire des autres.

Nous sommes coupables de quoi ?

D’abord, il faut comprendre que le Mahorais n’est pas un être à part, c’est un être riche de toutes les identités qui le composent. Comorien il est, Français il est devenu parce que l’histoire l’y a fourré dans cette aventure, mais il ne cesse pas d’être comorien, c’est ma conviction. La question que tu poses c’est est-il légitime pour le mahorais de parler des Comores, de fonder une œuvre artistique avec le réel comorien ? J’ai envie de dire que ce n’est pas à toi d’en décider, même si tu ne te gênes pas de critiquer et de démolir des œuvres et c’est ton droit absolu de chroniqueur.

Tu écris que je me suis laissé présenter comme auteur comorien, pour que mes textes aient une meilleure audience ? Qu’est-ce que tu en sais ? Tiens-tu un registre à la sortie des librairies et des bibliothèques pour savoir qui des Comoriens et des non-comoriens me lisent ? En tous cas, je t’avoue que je n’ai pas ce pouvoir là.

Oui, nous avons écrit au Président Français pour l’alerter de la démission de l’Etat à protéger les « étrangers » à Mayotte, mais détrompe toi les « étrangers » à Mayotte ne sont pas que les frères originaire du reste de l’archipel. Oui, nous estimons qu’il était de notre devoir de le faire. Mais là j’imagine n’est pas ce qui t’intéresse. Tu voudrais que nous cessions d’être schizophrènes et que nous hurlions avec les loups pour exiger l’expulsion « des clandestins ». Non, on ne peut pas te penser aussi cynique. Tu aurais préféré que nous écrivions au président colon français, que nous les comoriens de Mayotte n’acceptions pas que nos frères soient brutalisés. Rends-toi compte Soeuf que tu fais preuve d’une naïveté affligeante. La situation n’est pas aussi manichéenne. Viens vivre la réalité quotidienne des Comoriens pas seulement à Moroni, mais à Mitsoudjé, dans le Nyumakélé, à Fomboni, pas seulement à Mamudzu mais dans l’intérieur des terres à Kani Kéli, à Poroani, à Barakani par exemple. Viens vivre cette réalité avant de parler, avant de distribuer des droits de parler aux uns et aux autres.

Punk islands, puisque c’était le prétexte pour mener une attaque en règle contre mon travail et contre la carrière de Mtoro Chamou, est un très bel album avec des textes forts. Et si nous avons compris que tu n’as pas été séduit, nous avons le droit d’aimer l’album et de danser dessus. Nous t’invitons à nous rejoindre dans le cercle si nous ne sommes pas trop indignes d’être comoriens.

Nassuf Djailani

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4 réflexions sur “Ce que Punk islands n’est pas

  1. Bonsoir. Je suis le « Soeuf » à qui s’adresse cette réponse bien chargée de Nassuf Djailani. J’ai pris le temps de lire. Je dirais une seule chose. Il faut écouter et réécouter l’album (que je ne démolis pas), puis relire l’article une deuxième fois. Je crois que le fond reste articulé, et pas insultant, ni sur un ton de donneur de leçons. Pour la suite de la réaction de Nassuf Djailani, je ne suis pas surpris. Notamment sur cette question de subventions. Je ne vais pas entrer dans cette polémique, sachant les plumes que j’ai perdu avec la coopération culturelle française à Moroni depuis des années pour avoir dit non à une certaine violence politique. Passons sur ces détails ! Je n’ai pas pour habitude de jouer à Calimero, comme disent les Français. Car je ne me sens pas une victime dans cette histoire. Par ailleurs, je ne démolis nulle part le travail de Nassuf Djailani. Je mets juste à jour la contradiction, qu’il y a à se revendiquer de deux identités, dont l’une nie l’autre. Je comprends que l’exercice, qui ne se fonde pas sur de la mauvaise fois, puisse énerver. Mais le temps des inimitiés est peut-être arrivé. Le pire, c’est que les questions que posent M’Toro Chamou nous concernent tous, mais pas au même endroit. Je précise : M’toro souligne bien la frontière entre les deux rives, et c’est lui qui parle de « Mahorais » et de « Comoriens ». J’insiste sur les guillemets que j’ai fait mettre dans l’article par prudence sur ces joutes identitaires au caractère discutable… Mon vrai problème, c’est que j’ai écouté cet album de M’Toro Chamou, que j’ai compris le texte et le sous-texte. Et désolé d’avoir à penser que c’est mon boulot d’en faire une critique. Je crois que là j’ai tout dit. Habari wasalamu.

  2. Bravo Nassuf pour ce texte courageux qui dénonce le despotisme sans limite de Soeuf Elbadawi, artiste brillant certes mais homme violent et haineux. Il y a sans doute une schizophrénie mahoraise, une déchirure intime, mais il y a aussi une intransigeance paranoïaque faite de toute puissance et de déni de réalité…
    J’en ai moi-même fait les frais lorsque j’ai présenté à Mayotte -oui à Mayotte- dans le cadre de l’association Hippocampus la lecture par son auteur de Un dhikri pour nos morts. La rage entre les dents, au Centre universitaire de Dembeni en 2014.
    Mais j’avais le tort d’être blanche et française et donc sale colonialiste… Mise très vite dans le camp des ennemis.
    Certains mahorais il est vrai me reprochait de produire trop d’artistes comoriens… Hélas !…
    Qui peut dénier aux artistes de Mayotte d’avoir l’âme comorienne ? Qui peut dénier aux artistes comoriens de parler à l’âme des mahorais ?
    Je salue au passage le très beau travail musical et poétique de M’Toro Chamou.

  3. Salut les gars, salut les filles. Je suis surpris en découvrant toute cette histoire. J’ai lu le texte de Soeuf Elbadawi. J’y ai vu un point de vue argumenté, même si ça doit faire mal d’entendre ce qu’il raconte. Je le connais depuis assez longtemps, il a toujours cherché à poser des questions qui dérangent dans la presse. Mais je n’oublie pas qu’il y a un mois, il présentait une exposition à Saint-Denis, où il faisait honneur à pleins d’auteurs comoriens, dont Nassuf Djailani himself. Je l’ai entendu défendre le projet de Projectîle. Donc je ne vous crois quand vous dites que tout ce qui vient de Mayotte ne trouve pas grâce à ses yeux. Quand on veut accuser le chien de rage, on trouve les moyens de le faire. Je vous trouve injuste. Je connais Soeuf pour l’avoir fréquenté. Je sais qu’il a travaillé avec M’toro Chamou et qu’ils s’entendent bien. Je les ai vu jouer à la Réunion. Je sais qu’il a soutenu Mikidache dans son travail et qu’il a traduit les textes de son dernier album. Je ne me rappelle plsu le titre. Je sais qu’il a écrit quasiment tous les textes de présentation des derniers albums de Baco. De Questions à kinky Station que j’ai chez moi. Ces artistes que je cite sont mahorais et vous n’êtes pas obligés de lui dire merci. Il ne fait que son boulot. Maintenant, je ne sais pas qui est cette Véronique Meloche et d’où elle sort. Est-ce qu’elle est française ? Peut-être qu’elle profite de la querelle pour faire plaisir à l’un et enfoncer l’autre ? A quels desseins ? Je ne serais pas étonné de découvrir qu’il y a un souci derrière ces accusations. Un truc pas clair. La connaissant pas, je ne sais pas quel problème elle a avec Soeuf, mais accuser Soeuf d’être haineux, violent et raciste, c’est du n’importe quoi. Je suis sûr que même Nassuf Djailani n’aurait pas pensé à ça. En 2009, lorsque Soeuf a été viré de l’Alliance française se Moroni pour avoir dit que Mayotte est comorienne, le directeur de l’Alliance franco-comorienne avait presque dit la même chose qu’elle. Il avait accusé Soeuf d’être violent. Vous ne pouvez pas trouver une idée plus intelligente ? Soeuf aime les artistes et les auteurs comoriens, mais il est comme il est. Il a ses défauts et il préf ère surtout son indépendance critique. Et puis si vous êtes artiste, auteur, intellectuel, acceptez que l’on vous critique. Vous avez une responsabilité publique. Vous devez accepter d’être questionné dans vos actes. Lui-même, Soeuf, il en prend plein la gueule tout le temps et il ne se plaint pas. Tout le monde se rappelle de Moroni bleu, du tract qui avait été distribué contre lui et sa famille. Il s’est défendu avec ses arguments, jusqu’au bout et il n’a pas joué aux victimes. Il n’est pas seul à dire que Mayotte est colonisé. Les Mahorais eux-mêmes qui le disent. Il suffit d’écouter les discours contre le préfet pendant les dernières grèves. Et c’est le droit international qui le dit aussi. Et Soeuf dit encore autre chose. Il dit que les trois autres îles sont encore plus occupés que Mayotte. Ne soyez donc pas ridicules. Je ne crois pas qu’il soit haineux. Il n’est contre personne. Et je le défends, parce que c’est un des rares gars bien que nous avons dans cet archipel et qui défend toujours les siens, sa culture, son pays. Il faut se demander pourquoi les autres ne le font pas. Je défends Soeuf parce que oui il est un des rares à parler du Visa Balladur qui tue. Il n’est pas le seul mais c’est lui qui en a le plus chié avec son projet de stèle. Je défends Soeuf parce qu’il a lui aussi le droit à un avocat, qui ne joue pas sur les divisions mais qui temporise. Soeuf n’a pas beaucoup d’amis et il l’a bien cherché. Mais on n’est pas obligé de tous s’exciter. Et cette madame Meloche, sans être haineux, est-ce que quelqu’un peut dire ce qu’elle fait à Mayotte. Elle pense elle-même que les mahorais sont schizophrène. Elle l’a écrit dans son commentaire : « Il y a sans doute une schizophrénie mahoraise » Et pourquoi ça ne vous énerve pas monsieur Nassuf ? parce ce qu’elle ne s’appelle pas Soeuf et qu’elle n’est pas comorienne ? Elle dit que Soeuf est anti-blanche. Ça m’étonnerait fort, le connaissant, et là je sais ce que je dis, que ceux qui n’aiment pas mon humour et mon texte le disent. Mais il fallait que ça sorte!!!!

  4. Merci Nassuf pour la défense de nos artistes. Les Comoriens sont égal à eux-même comme d’habitude. Je dois dire que je n’ai pas encore lu l’autre article de l’autre gars. Par contre, ce que dit Veronique Meloche, c’est ce que les expatriés français à Mayotte disent aux Mahorais qui ne sont pas d’accord avec eux et qui demandent le respect de l’Etat français. C’est ce que Mahmoud Azihary a reçu comme réponse dernièrement. Donc je m’interroge. Ce Soeuf Elbadawi est-il vraiment raciste et violent ou bien cette dame est en train de profiter de cette affaire pour dire ce qu’elle pense des Majorais qui comprendront le message? Je suppose qu’elle a eu un vrai problème avec ce monsieur, parce que c’est très grave comme accusation. Raciste, violent, haineux. il l’a frappé, l’a insulté?

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